Contre l'abolition du registre des armes à feu
Je connais bien les armes à feu. Je suis témoin des dommages qu’elles peuvent causer. J’ai perdu des consœurs lors de la tuerie à l’École Polytechnique. Et j’ai longtemps côtoyé les familles des victimes pour travailler avec elles dans le but d’améliorer le contrôle des armes. J’ai donc été estomaquée d’apprendre qu’une majorité de députés ont appuyé un projet de loi privé visant l’abolition du registre des armes à feu.
L’intention du Parti conservateur d’abolir le registre n’a jamais été un secret. Depuis ses débuts, lorsqu’il s’appelait le Parti réformiste, l’idéologie « Touche pas à mon arme! » était omniprésente. Or, sans majorité, les nombreuses tentatives des conservateurs pour détruire le registre n'ont mené nulle part.
Mais qui a besoin d’une majorité quand deux des chefs de l’opposition décident de tourner le dos aux victimes des armes à feu, aux femmes violentées, à la sécurité des générations futures?
Michael Ignatieff et Jack Layton ne sont pas naïfs. Ils savent très bien que le projet de loi C-391 est un projet de loi gouvernemental déguisé. En permettant un vote libre, ils ont rendu leurs députés vulnérables aux incroyables pressions du lobby des armes, surtout dans les comtés ruraux de l’Ouest. Les conservateurs ont même diffusé des annonces publicitaires à la radio visant spécifiquement les députés de l’opposition dans ces régions. Le résultat de ce manque de leadership était tout à fait prévisible.
Mais, il n’est pas trop tard. Le vote était la deuxième lecture. C’est la troisième qui compte. Si jamais il était temps d’envoyer un message aux libéraux et aux néo-démocrates, ce serait maintenant. Moi, je vais leur demander : Où est votre leadership? Où est votre conscience? Où sont les valeurs de votre parti?
Depuis l’entrée en vigueur des mesures de contrôle plus sévères, les décès par balles au Canada ont systématiquement diminué, passant de 1441 en 1991 à 818 en 2005 — une baisse de 43 %!
Il revient maintenant à messieurs Ignatieff et Layton de décider s’ils veulent maintenir cette tendance, ou s’ils veulent marquer des points avec le lobby des armes aux dépends des futures victimes d’armes à feu.
Heidi Rathjen, Montréal
lynda d'ortun-boyer
Commentaire mis en ligne le 14 novembre 2009tout à fait d'accord avec elle. Même, à quelques jours de la commémoration de la tuerie de Polytechnique, je suis écoeurée d'apprendre qu'ils décident de le faire maintenant.
Nous avons besoin du registre des armes à feu pour éviter plus de victimes.
Deux articles récents dans la Gazette des Femmes, un sur un cours sur l'histoire du féminisme au Québec, l'autre sur un livre qui paraîtra bientôt, met de plus tout cela dans son contexte, un contexte qu'on ignore, l'anti-féministe.
Savez-vous que les jeunes générations ignorent tout de cela ? Quand j'ai demandé le livre de Mme Heidi en librairie, pour l'acheter, une employée d'environ une vingtaine d'années a demandé : qu'est-ce qu'il s'est passé le 6 décembre 1989 ?
C'est effectivement un drame qui s'est passé, et qu'on devrait plus parler.
Lynda D.-Boyer