Labeaume modeste et sombre dans la victoire
Malgré l'ampleur de sa victoire, le maire de Québec Régis Labeaume a eu le triomphe plutôt modeste à la suite du quasi-balayage enregistré par son équipe dimanche dernier. Bizarrement, la bête politique ne semblait plus s'amuser autant après seulement deux ans de règne. L'homme à la répartie facile et à la boutade assassine n'avait même pas l'air heureux lorsqu'il s'est présenté devant les médias à l'hôtel de ville, le soir de sa victoire électorale. Que ce soit le résultat de la fatigue d'avoir mené une campagne de terrain aux côtés de chacun de ses candidats ou encore d'être déçu de l'emporter trop aisément pour sentir l'apaisement du succès, il y a dans cette mine sombre de quoi s'interroger, voire s'inquiéter.
Plusieurs questions ont fusé parmi la meute de journalistes présents. Cette tête d'enterrement était-elle due au fait que parmi les deux seuls porte-étendards défaits d'Équipe Labeaume se trouve la candidate vedette et amie personnelle du maire, Line-Sylvie Perron? Était-ce plutôt parce qu'il ne mesure pas encore toute l'ampleur de sa victoire? Ou, au contraire, était-ce parce que justement le poids du triomphe sans équivoque amène une pression immense de ne pas décevoir l'immense majorité des électeurs qui ont mis toute leur confiance en lui? Ou encore, était-ce le vertige de diriger autant d'élus inexpérimentés qui le frappait de plein fouet après un tour de piste en solo? Sinon, était-il simplement fatigué, indisposé ou avait-il tout bonnement hâte de retrouver ses troupes pour célébrer?
La réponse réside sans doute en partie dans chacun de ces énoncés. Mais, certainement que la responsabilité importante qui vient avec un mandat aussi dominant contribue davantage à atténuer ses ardeurs. La promesse d'un travail d'autorégulation et d'un meilleur contrôle des émotions de l'ardent politicien populiste s'appliquait donc dès le dépouillement des boîtes de scrutin. Le désir d'oeuvrer avec plus de modestie et même de tendre la main aux employés municipaux, pour cheminer vers une ville plus performante, intervenait bien tôt dans ce second mandat. Il faudra voir si c'est ce Régis Labeaume éteint et sans conviction, aux réponses sèches et évasives, que la population a élu. L'avenir nous le dira. Possible que quelques bonnes nuits de sommeil ranimeront la passion d'un maire rarement aussi adulé.
Assurément, lorsqu'on reçoit un appui direct de plus de 150 000 électeurs, soit davantage que le maire de Montréal, pour une proportion de près de 80 % des votes exprimés, et qu'on fait élire à sa suite 25 conseillers de district sur les 27 postes disponibles, il y a de quoi sentir un énorme poids sur ses épaules. Depuis son 400e anniversaire fort réussi, la capitale du Québec a trouvé son messie et elle s'en remet à lui massivement et aveuglément. Il s'agit certes d'une belle marque de confiance, mais également d'une lourde responsabilité. Beaucoup de projets majeurs se trouvent aussi dans la balance. Il faudra donc livrer la marchandise, car le risque de déplaire est grand et les raisons potentielles d'insatisfaction d'autant plus nombreuses. Le fin politicien qu'est devenu Régis Labeaume a sans doute perçu la menace.
Comme l'a souligné le candidat indépendant à la mairie, Jean-François Fillion, une domination si écrasante renferme quelque chose de malsain. On se trouve devant une sorte de «dictature douce». Avec la disparition du Renouveau municipal de Québec, le visage politique de la Ville est appelé à changer. On verra à l'usure comment le conseil municipal pourra évoluer…