Mgr Ouellet, les évêques, les parents catholiques et le cours d'État
«Mgr Ouellet a d'autre chose à proposer que le cours d'éthique et de culture religieuse: son Petit Séminaire!» Ce sarcastique commentaire d'un membre du clergé, lors d'une conversation sur le deuxième billet du cardinal consacré à l'éducation, n'exprime-t-il pas une fois de plus un malaise entre Mgr Ouellet, une partie de son clergé et l'Épiscopat? Un malaise bien médiatisé lorsque l'Assemblée des évêques du Québec s'est publiquement dissociée du cardinal au sujet de la place de la religion à l'école. N'en déplaise au cardinal-archevêque de Québec et primat de l'Église canadienne, ce cours est là pour rester! À l'instar de ses confrères évêques, ne devrait-il pas enfin se décider à suggérer des correctifs pour l'améliorer? Et les proposer en accord avec eux!
Dans son excellente réplique au même billet, Gilles Baribeau nous rappelle que la transmission de la foi revient d'abord aux communautés chrétiennes et aux parents, comme c'est actuellement le cas, depuis plus de vingt ans, pour la préparation aux sacrements de l'initiation chrétienne. C'est d'ailleurs la position de l'Assemblée des évêques depuis l'adoption de la Loi 95 instituant ce cours en 2005. Quant aux autres dénominations chrétiennes, elles ne se sont pas vraiment opposées à son existence parce que l'enseignement religieux se faisait déjà dans leurs églises.
La question de la confessionnalité et de la laïcité de l'école, soulevée au début des années soixante, ainsi que la prise en charge du système scolaire par l'État, à la suite de la création du ministère de l'Éducation en 1964, n'auraient-elles pas dû inciter les évêques à prendre la décision de "sortir la religion des écoles"? Car ils avaient à l'époque les effectifs et l'argent pour bien organiser le transfert et l'éducation de la foi dans les paroisses. Au contraire, ils ont continué à se décharger de leur responsabilité sur l'école qui devenait, au fil des ans, de plus en plus incapable de bien exercer sa fonction de suppléance en raison de la montée progressive de la laïcisation, de la sécularisation de la société.
Comme on ne peut refaire l'histoire, les communautés chrétiennes doivent donc maintenant se charger de la transmission de la foi, mais avec beaucoup moins de moyens, et ce, dans une société grandement éloignée de la religion catholique, la confession majoritaire. Cette situation, par contre, n'est non seulement due à la hiérarchie, mais également à la plupart des parents catholiques qui se sont également déchargés de leur responsabilité sur l'école.
Étant donné que c'est une infime minorité de parents catholiques qui s'élève actuellement contre ce cours, même devant les tribunaux, le gouvernement du Québec devrait-il se plier à leurs exigences alors que la majorité des Québécois et des Québécoises ne s'oppose pas à son implantation? C'est à la suite du rapport Proulx, paru en 1999, que l'État l'a introduit dans le programme scolaire du primaire et du secondaire afin d'ériger un jour une société interculturelle la plus harmonieuse possible. Le temps n'est-il donc pas venu, pour Mgr Ouellet également, de "donner la chance" à ce cours de faire ses preuves? Cette chance a été accordée au cours d'enseignement religieux; malgré les programmes élaborés au fils des ans pour l'améliorer, ce cours n'a pas donné le résultat escompté. À preuve, la grande ignorance de beaucoup de Québécois en matière religieuse révélée par des sondages également commentés par le cardinal Ouellet.
Cette croisade malheureuse et inutile des opposants à ce "cours d'État", au nom de la liberté de conscience et de religion, ne réflète-t-elle pas finalement leur incapacité de s'adapter aux changements de mentalité survenus au Québec depuis la révolution tranquille? Un Québec en principe affranchi de l'emprise des religions, mais actuellement aux prises avec des demandes d'accommodements pour motifs religieux inspirées par l'obscurantisme. Puisse l'État, par ce nouveau cours, réaliser son beau projet d'un mieux-vivre collectif dans l'optique de l'interculturalisme et empêcher les effets néfastes du multiculturalisme.
Jean-Charles Castilloux