Frédéric Dugré, pdg de H2O Innovation, avec un exemple de rouleau de membrane qui sert à la filtration de l’eau. (Photo Luc Fournier)
H2O garde la tête hors de l’eau
Le dollar canadien fort pousse plutôt l’entreprise de Québec à se développer
Alors que plusieurs entreprises exportatrices du Québec et du Canada se plaignent de la force du huard, d’autres choisissent d’en retirer du positif, comme H2O Innovation, une compagnie de Québec qui continue de se développer rapidement chez nos voisins du sud et qui lorgne désormais le marché maghrébin.
La compagnie née dans la capitale au début de l’année 2000 s’est étendue rapidement. Avec une usine à Ham-Nord, près de Victoriaville, et une autre à Minneapolis, de l’autre côté de la frontière américaine, la compagnie est bien positionnée pour faire face à ce coup dur pour les industries exportatrices. H2O compte aussi des bureaux en Californie et en Floride. L’entreprise fait 80% de ses affaires aux États-Unis, et 20% au Canada.
Ainsi, l’entreprise est moins touchée par le «Buy American», puisqu’elle produit en partie aux États-Unis. On parle aussi moins d’exportation, dans ce cas-ci. Seules quelques parties faites au Québec doivent être exportées à l’occasion.
«Plutôt que de voir les choses (la force du dollar) comme une menace, voyons ça comme une opportunité», propose Frédéric Dugré, pdg de l’entreprise. «Dans le meilleur des mondes, on aimerait ça avoir un dollar à 80 ¢», admet toutefois Guillaume Ducharme, directeur des communications chez H2O.
H2O ?
L’entreprise est spécialisée dans les systèmes de traitement des eaux et de filtration à l’aide de membranes.
Une alternative à la méthode physico-chimique, la plupart du temps utilisée par les municipalités pour rendre leur eau potable et qui consiste à mettre des produits chimiques dans l’eau, afin d’agglutiner les particules en suspension pour mieux les ramasser. Ensuite l’eau est chlorée; une façon de faire archaïque, croit Guillaume Ducharme. «On se rend compte que l’ajout de chlore n’est peut-être pas sans risque pour la santé», ajoute-t-il.
Ainsi, la méthode d’H2O Innovation consiste plutôt à filtrer l’eau – même l’eau de mer – avec un système de membranes sophistiqué. Tellement sophistiqué qu’il n’y a pratiquement que la molécule d’eau qui passe au travers de la membrane. Ainsi, on doit y ajouter des minéraux afin de redonner à l’eau tous ses bénéfices. De la microfiltration à l’osmose inversée en passant par la nanofiltration et l’ultrafiltration, il existe autant de membranes que de résultats de filtration différents.
Ce qui différencie les technologies est aussi leur coût. Celle proposée par H2O est plus onéreuse à l’achat, mais moins à long terme, puisque la municipalité n’a pas à défrayer de sommes pour l’achat de produits chimiques. Il s’agit seulement de changer ou nettoyer les membranes à tous les huit ou dix ans. H2O a d’ailleurs fait l’acquisition de PWT (Professional Water Technologies), une entreprise californienne qui se spécialise dans le nettoyage de ce type de membranes qui ne date pas d’hier. Elles auraient été inventées dans les années 40.
Au départ – au lendemain de la tragédie de Walkerton qui a tué sept personnes –, Frédéric Dugré voulait améliorer la fiabilité des usines de traitement des eaux. Car avec la technologie de filtration par membrane, l’événement qui a secoué tout l’Ontario n’aurait pas eu lieu, de souligner Guillaume Ducharme.
L’entreprise a comme client des municipalités ou des secteurs de moins de 50 000 habitants. Toutefois, certaines usines sont plus grosses, comme celle d’Orange County en Californie, qui produit 70 M de gallons d’eau potable par jour. Habituellement, les contrats qu’obtient la boîte qui embauche une quinzaine de personnes à Québec se chiffrent en moyenne à un million de dollars.
Près de dix ans après ses débuts, l’entreprise a livré plus de 450 systèmes de traitement des eaux.
Pour le futur, H2O continuera son expansion aux États-Unis et tentera de percer le marché maghrébin et moyen-oriental. Cette technologie pourrait aussi aider des pays où l’eau se fait plus rare. La Fondation One Drop a d’ailleurs approché H2O Innovation pour permettre à certains pays d’avoir accès à de l’eau potable.
De 3,6 M$ de ventes en 2006, ce chiffre a atteint 31,2 M$ pour l’année financière 2009. Pour 2010, l’entreprise vise plus de 40 M$ de ventes.