Non, en matière financière, le ridicule ne tue pas!
Au fil des jours et de l'activité humaine qui caractérise une civilisation dite évoluée, il se faufile encore et toujours des épisodes qui confirment que la bêtise et le ridicule ne tuent pas. Au grand dam de ceux qui deviennent des victimes collatérales de la malhonnêteté ou de l'étourderie de certains professionnels cravatés, en qui on devrait pourtant avoir pleine confiance. Voici quelques preuves que notre système économique et social présente des failles qu'une société moderne devrait s'empresser de colmater.
- Dans le plus récent scandale financier à avoir secoué le Québec, on apprend que la Banque Royale a constaté il y a plus d'un an que le pseudo conseiller en placements, Earl Jones, faisait des transactions inappropriées dans le compte en fidéicommis regroupant et protégeant les économies de ses clients. Devant les irrégularités observées, dont plusieurs transferts d'argent et des retraits comptants, l'institution financière a tout bonnement suggéré au conseiller retors de convertir le tout en compte commercial. La situation ainsi «régularisée», l'homme au train de vie somptuaire obtenait le feu vert pour piger allègrement dans la caisse de ses clients. On croirait rêver! En 2009, une institution financière sérieuse ne voit aucune objection, ni même inquiétude, à convertir un compte en fidéicommis en véritable bar ouvert. Pire, on le suggère afin de rendre service au client fautif. Wow!
- Toujours dans le registre des scandales financiers qui érodent la confiance des épargnants, le premier ministre du Québec a ouvert la porte récemment à une plus grande dissuasion des criminels en cravate. Interrogé sur le sujet dans le dossier Vincent Lacroix, Jean Charest a louvoyé habilement pour ne pas se faire étiqueter de politicien de droite. Ainsi, il évite de parler d'alourdissement des peines pour crime financier, mais se dit favorable à leur addition. Nuance, d'une part, parce l'addition de peines «bonbons» comme le déplorent les victimes ne punira pas aussi sévèrement les fraudeurs qu'on peut le souhaiter et, d'autre part, parce que cela questionne la pertinence des peines concurrentes. Actuellement, un criminel récidiviste ne purge que la plus importante peine pour ses multiples crimes, car notre système de droit pénal ne les cumule pas. Inutile d'être partisan d'extrême droite pour déplorer cette aberration totale et cette absence d'apparence de justice. En plus, la liberté est acquise au sixième d'une peine pour crime économique. Brillant! Rien de tel pour encourager de nouvelles carrières d'escrocs sans remords.
- Sur le plan du resserrement de la gestion des banques, il vaut parfois la peine d'observer ce qui se fait à l'étranger. Cette fois, c'est le président français qui donne le ton. Nicolas Sarkozy vient de rappeler à l'ordre les établissements financiers de son pays, en instaurant des règles plus contraignantes pour le versement des primes aux opérateurs. Ainsi, jusqu'à la moitié des primes au rendement seront versées de manière différée. De plus, un système «bonus-malus» sera instauré faisant en sorte qu'en fonction de performances décevantes à moyen terme, les primes seront retenues. La Caisse de dépôt et placements du Québec a de quoi s'inspirer.
Souhaitons que nos âneries du passé deviennent des leçons pour l'avenir et, surtout, des motivations à agir pour assurer la sécurité financière des gens…