Le moulin à vent de l’Hôpital Général de Québec.
Les vicissitudes d’un moulin à vent
Un brin d'histoire avec la Société historique de Québec
Quelles furent les vicissitudes du moulin à vent à partir de l’année 1731? Jusqu’à quelle date a-t-il fonctionné? Nous sommes ici arrêtés par le peu de renseignements que veulent bien nous laisser les archives de l’Hôpital Général? En tous les cas, il est certain que la fin principale du moulin – moudre le grain pour en faire du blé – disparut avec le régime français en 1760. Il aurait été surprenant que le gouvernement anglais eût jamais pensé à donner du blé à moudre à une communauté religieuse quelle qu’elle soit, fût-ce cette communauté celle-là même qui prit soin à Québec des soldats anglais blessés lors de la prise de Québec.
Nous savons néanmoins que le moulin de pierre fut décalotté deux fois par le feu : le 5 juillet 1805, par un premier incendie, et, le 10 juin 1862, par le grand feu du quartier Saint-Sauveur, à Québec. Dans les Annales de l’Hôpital Général de Québec de 1862, il est fait mention que le moulin n’est plus en usage cette année-là. Depuis combien de temps avait-on cessé de l’utiliser. Encore ici, il nous faut y aller par déductions. En 1802, la communauté des Augustines fit préparer un document concernant le terrier de la seigneurie de Notre-Dame-des-Anges, ce qui indique la subdivision de cette seigneurie en lots à bâtir; donc la disparition des censitaires qui auraient pu apporter du blé à moudre au moulin des religieuses.
Par ailleurs, en 1804, les religieuses achetèrent un bluteau – un instrument à bluter la farine, c’est-à-dire à séparer la farine du son. Jusqu’en 1822, elles recevaient encore du blé en aumône (330 minots cette année-là). Toujours selon les Annales de l’Hôpital Général de Québec, la communauté religieuse commença à acheter son pain en 1842. Ne serait-ce donc pas ici la date ultime que nous pouvons assigner au fonctionnement de notre fameux moulin à vent, entre 1822 et 1842 ? Il aurait donc servi fidèlement durant plus d’un siècle, soit de 1731 à 1842.
Qu’est-il advenu du précédent moulin à eau de la communauté? Dans les Annales, on apprend d’abord que ce n’étaient pas les eaux de la rivière Saint-Charles qui alimentaient ce moulin, mais bien plutôt les eaux de ruissellement de la pluie mises en réserve par une chaussée. Aujourd’hui, bien sûr, il ne subsiste plus aucun vestige de ce moulin et encore moins de la chaussée en question. Le tout a dû disparaître au plus tard en 1859, lors de la construction de l’aile actuelle nord de l’Hôpital Général. Comme on le sait, l’Hôpital Général a été agrandi de 1850 à 1860, les bâtiments haussés d’un étage et la façade, allongée vers la rivière (il s’agit de l’aile nord dont nous venons de parler).
Le premier moulin à eau ne servit pas longtemps. En effet, les Annales disent : «…cette année (1709), nous ne nous occupâmes que de la construction d’un moulin, celui que nous possédions à eau, en manquant souvent, on craignoit que le bled du Roi qu’on nous donnait à moudre, pourroit nous être ôté si nous ne fournissions la farine au besoin…» Comme il avait été construit en 1702, il ne servit que sept ans.
Chaîne de titres de propriété de la maison sise au coin nord-ouest du boulevard Langelier et de la rue Saint-François et sur le terrain de laquelle était situé le moulin
Avant de terminer cette courte étude du moulin à vent de l’Hôpital Général de Québec, nous tenons à donner la chaîne de titres de propriété de ce qui fut la résidence de l’entrepreneur Adélard Deslauriers, ce après 1862, l’année de l’incendie du quartier Saint-Sauveur ( aux Archives de la ville de Québec, nous n’avons pas pu nous rendre plus loin que l’année 1943) :
1) Le 19 mars 1883, concession par l’Hôpital Général de Québec à Jean-Baptiste Rivard d’un terrain «sauf et réserve la tout ou moulin à vent en pierre, érigé en l’année 1710, qui se trouve sur ce terrain présentement concédé et dont le preneur et ses ayant cause n’auront que la jouissance moyennant l’entretien de la dite tour par le preneur, en bon état de réparation de propriétaire et de locataire…»
2) Le 21 décembre 1895, vente par J.-B. Rivard à Louis-Napoléon Rivard Dufresne, même réserve pour la tour (le moulin à vent).
3) Le 30 juin 1903, vente par Mme Veuve Louis-Napoléon Rivard Dufresne à M. Auguste Pion. Dans cet acte, les religieuses de la communauté de l’Hôpital Général de Québec « renoncent à tous les droits qu’elles peuvent avoir et qu’elles s’étaient réservés par le dit acte de concession sur la tour ou ancien moulin à vemt, en pierre, érigé en 1710…»
4) Le 30 mai 1906, vente par la succession Auguste Pion, père, à dame Veuve Auguste Pion. Aucun changement.
5) Le 22 avril 1926, vente par dame veuve Auguste Pion à M. Adélard Deslauriers. Aucun changement.
6) Le 22 juillet 1943, vente par M. Adélard Deslauriers à l’Honorable Secrétaire de la Province de Québec. Aucune servitude concernant le moulin à vent n’est mentionnée au contrat.
Comme on peut le constater, la réserve au sujet de l’ancien moulin à vent en faveur de l’Hôpital Général de Québec n’existe plus depuis 1903. Depuis cette date, le propriétaire pouvait en disposer comme bon lui semblait. Heureusement, il n’a pas détruit le moulin. Après le Gouvernement du Québec, c’est la ville de Québec qui l’a acheté et a aménagé autour de lui un joli petit parc. Quelle bonne idée de l’avoir conservé! Le vieux moulin ne pourrait-il pas aussi être muni de nouveau de ses ailes, et transformé en musée de la fabrication du pain sous le régime français ? Il serait un attrait supplémentaire pour le tourisme dans ce quartier de Québec, qui ne regorge pas tellement de sites du patrimoine à visiter. Il s’agit là d’un rare témoin qu’il nous reste de l’ancien système féodal de moulin banal qui avait cours, alors, dans toute la province de Québec.
* (Source : Société historique de Québec, avec la collaboration de Raymond Laberge, historien)