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La majorité devrait l'emporter

François Cattapan par François Cattapan
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Article mis en ligne le 4 décembre 2008 à 16:00
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La majorité devrait l'emporter
La crise politique qui fait rage sur la colline parlementaire à Ottawa et retient l'attention du pays tout entier, au point de presque faire oublier que des élections provinciales ont lieu au Québec ce lundi, ramène à la face de bien des chroniqueurs et stratèges de parti deux évidences. D'une part, et plus que jamais, il s'avère nécessaire d'établir une forme de représentativité proportionnelle du vote. D'autre part, dans un univers où ce ne sont plus seulement deux grands partis qui se divisent la sympathie des électeurs mais une pluralité, ce qui multiplie les possibilités de gouvernement minoritaire, la fameuse suggestion de «voter du bon bord» n'a plus autant de justesse.

En effet, la situation qui prévaut ces jours-ci au gouvernement fédéral démontre que le choix des électeurs lors du récent scrutin d'octobre dernier n'a pas été pris en considération. Certes, le Parti conservateur a amélioré quelque peu ses appuis, mais il forme à nouveau un gouvernement minoritaire. On l'oublie, mais il dirige le pays avec environ 38 % des suffrages exprimés. Au Québec toutefois, le PC a maintenu son piètre score de 10 députés sur 75 et a vu régresser ses appuis de 24,6 % en 2006 à 21,7 % en 2008. Bref, côté représentativité tant nationale que provinciale, on repassera.

C'est d'ailleurs ce qui horripile au plus haut point les nombreux électeurs interrogés et sondés dans les lignes ouvertes, tribunes libres et vox populi de tous les médias qui suivent cet épisode historique pour notre système politique. Souvent plus intéressés qu'on puisse le penser au respect de nos institutions démocratiques et capables de réflexions tout aussi éclairées qu'éclairantes, des citoyens ont été nombreux à déplorer la fuite en avant du gouvernement Harper. Celui-ci a obtenu la prorogation du gouvernement le temps de présenter un budget de la dernière chance en janvier. Les uns demandent pourquoi ne pas laisser les élus voter sur l'énoncé économique déjà présenté et qui se veut une question de confiance soumise à la Chambre des communes? Les autres ne voient pas comment on peut s'étonner d'une coalition libérale/néo-démocrate/bloquiste, alors que tant qu'il n'est pas question de souveraineté ces trois partis partagent des visions de centre-gauche? Enfin, et c'est le meilleur argument, la base de la démocratie ne consiste-t-elle pas en l'exercice du pouvoir par et pour la majorité?

Or, ce n'est pas en achetant du temps que les choses vont s'arranger, car les deux camps restent boulonnés sur leur position. De plus, de récents sondages confirment que les gens sont largement insatisfaits de l'attitude du parti au pouvoir et tout aussi opposés à la tenue de nouvelles élections après six semaines à peine. L'imprévisible risque donc simplement d'être reporté en début d'année, soit la création d'un gouvernement de coalition avec à sa tête le chef libéral Stéphane Dion, appuyé de quelques ministres néo-démocrates - une première à Ottawa - ainsi que du Bloc québécois qui exercera la balance du pouvoir… au fédéral. On dit que parfois la réalité dépasse la fiction! Pourtant, ce ne serait pas la première fois dans notre histoire politique. Même que les occasions d'alliances stratégiques ont été plus nombreuses qu'on peut le croire. À cet égard, Le Devoir rappelait récemment que depuis 1957, la moitié des campagnes électorales fédérales se sont conclues par la désignation d'un gouvernement minoritaire.

Pour ce qui est de «voter du bon bord», outre la situation inattendue qui prévaut au fédéral alors qu'on se retrouve dans une situation de «qui perd gagne», deux arguments méritent de mûrir notre réflexion. D'abord, considérant la précarité de nos gouvernements minoritaires, il n'y a plus une circonscription qui peut être tenue pour acquise et encore moins boudée. Ensuite et surtout, les gouvernements majoritaires ont la fâcheuse habitude de considérer recevoir un mandat fort durant lequel ils peuvent manœuvrer à leur guise, voire passer des mesures impopulaires qui n'étaient même pas annoncées dans leur programme électoral. Bref, même lorsqu'une majorité d'électeurs gagnent leurs élections, ils ne sont pas assurés d'être bien servis…

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