Mauvaise expression que de «faire sortir le vote»
Le français québécois est rongé par les anglicismes. Tout le monde le sait. Les campagnes électorales en rafale du dernier trimestre donnent l’occasion d'exhumer un beau calque : «faire sortir le vote».
Camil Chouinard (1 500 pièges du français...) a déjà écrit : «le vote ne sort pas, ce sont les électeurs qui sortent». L’observation est logique. Mais Chouinard n’explique pas davantage son hypothèse. Le dérapage ressemble à celui qui fait désigner un livre comme «meilleur vendeur» alors qu’on devrait montrer un vrai vendeur, en chair et en os.
Les auteurs de la Banque de dépannage linguistique affirment pour leur part que l’expression est une traduction très fidèle de l’anglais «to get out the vote». Chouinard et l’Office proposent des solutions de rechange : faire sortir les électeurs, stimuler la participation, inciter les gens à aller voter, etc.
L’expression n’est pas la seule à passer comme un quidam dans la langue des Québécois. On a encore les fameux «comtés», la «ligne de parti». Mais, à l'occasion de l'actuelle campagne, inutile, incolore et sans saveur, il sera difficile de faire rentrer les votes. Il sera plus avisé de leur donner quartier libre, de leur permettre de s'épivarder et de les laisser prendre l'air.
Gaston Bernier, Québec