Pauvreté et environnement oubliés
Obnubilés par les thèmes électoraux récurrents de l'économie, l'éducation et la santé, les chefs des principaux partis politiques en présence lors du débat télévisé de cette semaine ont complètement oublié certains sujets de l'heure. Outre les aînés et la culture, dont il a été à peine question, les thèmes de la pauvreté et de l'environnement ont été carrément mis de côté, autant dans ce pugilat cacophonique que dans l'ensemble de la campagne provinciale jusqu'à ce jour.
Certes, un débat de deux heures ne permet pas d'aborder un nombre infini de sujets. Reste que les aînés sont nombreux à voter et que le Québec s'avère une des sociétés occidentales les plus touchées par le défi du vieillissement accéléré de la population. Pour ce qui est de la culture, qu'on définit allègrement comme l'âme d'un peuple et qui a eu un large écho dans l'élection fédérale, le contenu des programmes électoraux en cette matière a été bien peu dévoilé. Le PQ qui ne veut pas de référendum, le PLQ qui craint d'exacerber le nationalisme québécois et l'ADQ qui promet des coupures draconniennes semblent tous aussi mal à l'aise de s'attarder aux arts.
Néanmoins, l'oubli des thèmes comme la pauvreté, à l'approche d'une crise économique qui aura des impacts potentiellement douloureux, et davantage l'environnement, avec les défis qu'engendre le réchauffement de la planète, attire la sympathie à l'endroit des tiers partis évincés du débat des chefs. En effet, d'une part, Québec solidaire et le Parti vert proposent des idées originales afin de réduire sinon enrayer la problématique de la pauvreté. Devant les risques d’une récession, tous deux prônent une vision qui met l'économie au service d’objectifs sociaux. La croissance doit se faire essentiellement en priorisant les principes de développement durable. Opter à Québec, par exemple, pour des projets de pistes cyclables et de tramway pour atténuer le trafic automobile, permet de créer des emplois, de réduire la pollution et de garder la population active donc en santé.
D'autre part, les deux tiers partis qui obtiennent ensemble la faveur populaire de près de 10 % de l'électorat promeuvent des concepts environnementaux qui ont le mérite de porter à réfléchir. Souvent avant-gardistes, ces idées seront reprises ultérieurement par les partis qui forment le gouvernement. Ainsi, la proposition du Parti vert de cesser l'harnachement des rares rivières encore sauvages dans le Nord québécois, pour privilégier le potentiel éolien et faire du Québec une référence en la matière, mérite qu'on s'y attarde avant qu'il ne soit trop tard. Même chose pour Québec solidaire qui avance les suggestions d'incorporer aux bâtiments existants et neufs des innovations écologiques telles que toits végétalisés et accessoires modernes d'efficacité énergétique, en plus de faire une utilisation plus judicieuse des espaces verts, notamment pour favoriser l’agriculture communautaire.
À ces bonnes intentions, on pourrait sans doute en rajouter quelques-unes pour bonifier l'action sinon la réflexion de nos décideurs. Ainsi, tant qu'à engloutir un vaste potentiel forestier pour ériger un barrage hydroélectrique, pourquoi ne pas permettre au préalable le prélèvement de la précieuse ressource ligneuse sur la superficie à inonder? Les scieries et papetières obtiendraient ainsi de la matière première, on éviterait le déboisement intensif dans d'autres régions plus fragiles et on limiterait la pollution émise par les arbres bourrés de carbone qui pourrissent sous l'eau. Par la même occasion, plutôt que de défigurer des paysages touristiques avec des parcs éoliens, pourquoi ne pas les implanter sur ces mêmes barrages qui trônent dans des déserts de vent au milieu de nulle part? Bref, il y a sûrement moyen d'être ingénieux et de tirer des avantages économiques d'un développement qui soit respectueux de l'environnement. L'avenir est là et les pionniers d'aujourd'hui seront les meneurs de demain…