20e Journée mondiale du sida le 1er décembre; non aux coupures
À l’occasion de la 20e Journée mondiale du sida, le Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL) aimerait rappeler que cette journée particulière du 1er décembre a été proclamée en 1988 lors du Sommet mondial sur les programmes de prévention du sida des ministres de la Santé, qui avait lieu à Londres, du 26 au 28 janvier 1988. Depuis, cette journée est soulignée d’une manière ou d’une autre ici et dans le monde par les gouvernements, les organismes internationaux, les syndicats, la société civile, etc. En signe de solidarité on porte un ruban rouge. Cela dit, non contents de faire cette proclamation solennelle, les ministres de l’époque y sont allés aussi d’une déclaration historique sur le sida dite « Déclaration de Londres ». Dans un extrait on peut lire : « En l'absence actuelle d'un vaccin contre le sida ou d'un traitement de cette maladie, l'information et l'éducation sont la composante la plus importante des programmes nationaux de lutte contre le sida. ».
Cela c’était en 1988. Vingt ans plus tard, il n’y a toujours pas de vaccin en vue, mais les traitements quant à eux se sont nettement améliorés, la recherche ayant permis la mise au point de différentes thérapies présentant beaucoup moins d’effets secondaires, favorisant d’autant une survie moins souffrante (ou pénible ou contraignante) des personnes atteintes. Concrètement, en 2008, c’est le troisième point de la Déclaration qui fait encore défaut : l’information et l’éducation. À ce sujet, au début d’octobre le Réseau juridique canadien VIH/sida et la Société canadienne du sida (SCS) ont lancé un appel pressé au « nouveau » gouvernement du Canada afin, d’une part, qu’il cesse ses coupes budgétaires dans ses programmes de la lutte au sida et qu’il se dote d’une nouvelle orientation dans sa stratégie nationale antidrogue. Les changements réclamés au fédéral touchent deux enjeux importants de santé publique : l’octroi d’un financement stable aux programmes de lutte contre le VIH/sida, et l’inclusion des programmes de réduction des méfaits ainsi que de traitements, dans le cadre spécifique de la stratégie nationale en matière de drogue. Un sondage, réalisé pour ces deux organismes par Angus Reid Strategies, indique à ce propos que les Canadiens souhaitent aussi une nouvelle orientation des politiques sur ces enjeux. Or, en dépit d’une entente de 2003 entre tous les partis politiques aux Communes, à l’effet que le financement fédéral de la stratégie canadienne sur le sida devrait être augmenté graduellement pendant cinq années, l’an dernier le gouvernement conservateur de Stephen Harper a fait marche arrière et a commencé à sabrer dans le budget de la lutte au sida — à raison d’une diminution de 15 % en 2007 et du même montant cette année encore. Ce financement inclut des sommes nécessaires pour la recherche, le soutien communautaire pour les personnes séropositives ainsi que des programmes qui aident les Canadiennes et les Canadiens les plus vulnérables au VIH.
Du côté de la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-sida), même son de cloche que du côté du Réseau juridique canadien VIH/sida et de la SCS. L’organisme a d’ailleurs lancé cet automne un vibrant appel au fédéral d’arrêter les coupes budgétaires. Pour la COCQ-sida : « Couper des fonds équivaut à perdre des vies ». À travers le Canada, le financement du Programme d'action communautaire sur le sida (PACS), de l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC), a été gelé et subit des coupes. Cela, en dépit du fait qu'au Canada, le nombre de nouvelles infections au VIH a augmenté de plus de 4 000 cas par année, ce qui représente une hausse annuelle de 10 %. Ces coupes portent, non seulement, un préjudice à nos communautés, mais elles nuisent également à notre économie étant donné que les coûts directs ou indirects associés à chaque infection au VIH sont de l'ordre de 750 000 $.
Pour la COCQ-sida, les organismes communautaires VIH répondant à des besoins de plus en plus complexes d'un nombre sans cesse croissant de personnes atteintes du VIH sont à bout de souffle. En 2003, le gouvernement fédéral en avait réjoui plus d’un en promettant de doubler le montant alloué à la stratégie sur le VIH/sida sur une période de cinq ans. L'augmentation des budgets a débuté en 2004-2005. Par contre, en 2007-2008, l'ASPC a annoncé que le budget en cours ne sera pas augmenté tel que promis, mais qu'elle s'engageait toutefois à prolonger d'une année le financement actuel. La COCQ-sida a appris finalement que le budget prévu pour l'année 2008-2009 ne sera pas augmenté et, qu'au contraire l'agence le réduira de 7 millions sur cinq ans!
Pour lutter efficacement contre le sida, la prévention et l'éducation sont les seules armes, en attendant un vaccin. Le PACS de l’ASPC offre justement du soutien en matière de prévention pour éviter la propagation du VIH au sein des populations considérées comme vulnérables, il aide à la promotion de la santé des personnes vivant avec le VIH/sida pour augmenter leur capacité à gérer leurs conditions de vie (les services, le traitement, le soutien, le travail, l'apprentissage) et soutient les personnes affectées par le VIH. Le PACS soutient la création de milieux favorables pour réduire les barrières sociales qui empêchent les personnes vivant avec le VIH, celles qui sont à risque et celles qui en sont affectées d'accéder aux services sociaux et aux soins de santé. Les milieux ciblés incluent (mais ne sont pas limités aux) : les prisons, les lieux réservés au traitement des toxicomanies, les groupes professionnels (infirmières, éducateurs, pharmaciens, médecins, etc.), les lieux de travail ainsi que d'autres organismes à but non lucratif et du public en général. Le PACS contribue au renforcement des organismes communautaires pour développer les compétences et aptitudes des personnes qui travaillent à tous les niveaux au sein du mouvement communautaire de lutte contre le VIH : la direction, le personnel et les bénévoles.
Pour Steve Foster, président-directeur général du CQGL : « De dire, comme le fait la COCQ-sida que couper des fonds équivaut à perdre des vies, est on ne peut plus clair et réaliste. Le message du Réseau juridique canadien VIH/sida et de la SCS l’est tout autant. Un pays comme le Canada ne peut se permettre de baisser les bras d’un iota dans la lutte au VIH/sida et aux infections transmises sexuellement. Le Canada sur cette grave question de vie humaine doit montrer l’exemple à toute la communauté internationale. C’est vraiment une honte sans nom que de faire de telles coupes dans des budgets aussi vitaux! Quand on additionne ces montants coupés au PACS à d’autres effectués en culture, dans l’aide au communautaire, dans des programmes d’aide aux femmes, aux Autochtones, dans les programmes de contestation judiciaire, on comprend d’où vient les milliards dépensés en armement inutile au cours des trois dernières années! En cette 20e Journée mondiale du sida, en pensant aux victimes, aux personnes atteintes, aux ami-e-s, amant-e-s, aux familles dans le deuil, on se doit de dire non haut et fort à toutes ces mesures inhumaines, ridicules que nous impose le gouvernement de Stephen Harper par ces coupes budgétaires.»
Le sida au Québec
Un portait statistique indique qu’au Québec[1] Entre 1983 et 2005, 5 323 décès ont été associés au sida. Entre 1987 et 1995, le taux de mortalité associé au sida a augmenté de façon dramatique, pour atteindre un sommet. C’est en effet en 1995 qu’on enregistre le plus grand nombre de décès par sida au Québec, soit 586, dont 90 % sont de sexe masculin. Le taux s’élève alors à 8,1 par 100 000 personnes. À compter de 1996, la mortalité liée au sida recule de façon spectaculaire, si bien qu’en 2001, le taux chute à un plancher de 1,5 par 100 000 personnes, soit une baisse de 82 % par rapport à 1995. Une légère hausse a été enregistrée en 2002 et 2003 (taux de 3,1 par 100 000), suivie d’une nouvelle baisse en 2004 et 2005. En 2005, le taux s’établit à 1,6 par 100 000, soit 121 décès, dont 78 % chez des hommes. Parmi les hommes décédés, 34 % étaient âgés entre 35 et 44 ans, 39 % entre 45 et 54 ans et 20 % entre 55 et 74 ans.
Le sida dans le monde
La réalité mondiale du sida n’est pas reluisante[2] : 40 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde, soit 5,4 fois la population totale du Québec ou soit 1,1 fois la population totale du Canada. Chaque jour, 14 000 personnes contractent l'infection par le VIH, soit - quotidiennement - un peu plus que l'équivalent de la population totale de la MRC de Charlevoix. À l'échelle mondiale, le VIH touche à proportion presque égale les hommes et les femmes. Environ 28 millions de personnes sont déjà décédées des conséquences du sida, dont 3.1 millions en 2004, ce qui signifie environ 8 000 par année. Avec 29,4 millions de cas, l'Afrique subsaharienne compte le plus grand nombre d'infections par le VIH. Elle est suivie de l'Asie avec 7,2 millions de cas. D’après les chiffres de l’agence ONUSIDA pour l’année 2004 l’Afrique du Sud était le pays le plus touché avec 5,3 millions de personnes vivant avec le VIH/sida. L’Inde se situait juste derrière avec 5,1 millions de personnes contaminées, mais la fourchette indiqué par l’ONUSIDA était beaucoup plus large, entre 2,5 et 8,5 millions. L’épidémie est en effet moins bien suivie qu’en Afrique du Sud.. Actuellement, 88% des personnes vivant avec le VIH et le sida n'ont accès à AUCUN traitement médical anti-VIH.
Steve Foster
Président-directeur général
Conseil québécois des gais et lesbiennes