Négociation difficile mais obligée
Très mal amorcée, la négociation des conditions travail à la Ville de Québec doit prendre un nouvel élan. Les parties en cause, l'administration municipale et ses employés, ont la responsabilité de faire évoluer le dossier. Il faut donc que le maire et les chefs syndicaux donnent le ton, en cessant leur crêpage de chignon médiatique. Comme toujours, l'exemple doit provenir d'en haut afin de mobiliser la base à agir dans le respect.
Certes, dans ce dossier épineux, le maire de Québec n'a pas toujours péché par excès de tact. Même que la délicatesse a rarement été sa marque de commerce. Originaire du secteur privé, M. Labeaume a la fâcheuse tendance à voir rouge dès qu'il est question de revendications syndicales. Préoccupé par le principal poste de dépenses de toute administration municipale que représente la masse salariale des services aux citoyens, il sent la pression de boucler un budget qui ne soit pas trop exigeant pour les contribuables. La générosité des administrations précédentes, qui ont parfois pelleté le problème vers l'avant pour acheter la paix, se révèle un boulet lourd à porter.
Si la Ville doit s'attribuer une immense part des torts pour son intransigeance inhabituelle dans les relations de travail, il faut reconnaître que les employés de la municipalité ne sont pas à plaindre pour autant. Déjà, il est de notoriété publique que le traitement salarial offert par les municipalités s'avère supérieur à celui de la fonction publique provinciale et fédérale. De fait, il n'y a rien de déshonorant à gagner en 2008 des salaires moyens de 46 790$ (cols bleus manuels), 47 115 $ (cols blancs fonctionnaires), 60 855 $ (pompiers) et 66 090 $ (policiers). Surtout que s'ajoute à ces revenus respectables le fait, d'autant plus d'acuité à l'aube d'une crise économique, que le secteur public offre une relative sécurité d'emploi.
Dans les circonstances, certains avantages sociaux comme un fonds de retraite et des congés payés abusivement généreux pourraient être mis dans la balance des négociations. Va pour des améliorations salariales en lien avec le coût de la vie annuel, à l'image de ce que la population obtient. À cet égard, dans leur combat pour un meilleur traitement, les représentants des employés municipaux doivent garder à l'esprit que leurs patrons sont les contribuables. Leurs salaires viennent des taxes versées par les propriétaires résidentiels et commerciaux — leurs voisins et eux-mêmes — établis sur le territoire qu'ils desservent. Il faut donc une suite logique entre ce que les uns exigent et ce que les autres versent.
Ce n'est pas avec des slogans du genre «mourir debout, plutôt que vivre à genou», ou «ça prendra le temps qu'il faut pour avoir ce qu'on exige», ou encore «on ne peut perdre le présent combat», que nos employés municipaux donnent l'image d'un groupe conscient de ses acquis et soucieux de négocier dans le respect des contribuables qui ont aussi des limites à leur budget familial. Certes, ils méritent d'être traités avec égards, mais pas au point de retomber dans les tactiques folkloriques de négociation. L'ère des combats épiques pour sortir de la misère les travailleurs est révolue. Place à l'ouverture d'esprit et à l'équilibre des exigences. Les parties en présence ne doivent pas faire l'erreur de prendre la population en otage, ni de présumer d'une capacité de payer illimitée…