Attention représentativité proportionnelle
(Lettre en réaction au commentaire «Représentativité proportionnelle souhaitée», publié dans le Québec Hebdo du 18 octobre 2008). Je peux facilement comprendre le point de vue idéologique d'une représentation proportionnelle. On ne peut pas être contre la vertu! Cependant, vous démontrez sa nécessité comme la seule alternative possible au désintéressement de la population, face au processus électoral.
Avez-vous pensé aux conséquences d'une représentation proportionnelle? Nous assisterions probablement à une prolifération de petits partis qui auraient pour but de mousser une région, une idée ou même un projet. L'érosion des votes en faveur de ces petits partis aurait pour conséquence de rendre à peu près impossible l'élection d'un gouvernement majoritaire.
Un gouvernement minoritaire, c'est bon pour celui qui a voté contre! Cependant, celui qui a voté pour et qui fait partie des électeurs qui ont porté ce parti au pouvoir, n'auraient que bien peu de chance de voir se réaliser ce pourquoi il a voté: c'est un peu anti-démocratique! Il suffit aussi de penser à la Belgique ou à l'Italie! Et qu'adviendrait-il des questions pour lesquelles la solution est obligatoirement impopulaire. Nous aurions alors un gouvernement lent à réagir, avec des coalitions qui ne font pas de sens, et qui ont pour seul but de prendre le pouvoir. Ce serait probablement la même chose que ce qui se passe actuellement avec nos gouvernements minoritaires à trois partis.
Je pense qu'il faut revenir aux bases du système parlementaire, c'est à dire à deux partis dont les idéaux sont différents, auquels se rattachent les régions, les idées ou les projets. Le conservatisme ou le libéralisme au sens littéral (du dictionnaire) de ces mots plutôt que ce que nous avons aujourd'hui: des partis qui somme toute sont du pareil au même et qui ne cherche qu'à plaire pour être réélus.
Mais comment faire? Je pense que cela passe par une refonte complète de la loi électorale. Il faudrait que le respect de l'intelligence des électeurs deviennent le «modus operandi» de cette loi. Fini les attaques personnelles visant à dénigrer l'adversaire ou ses idées et laissons l'électeur porter son jugement. J'inclus à cela l'abolition des sondages qui, à mon avis n'apportent rien de positif dans un débat idéologique.
Pour moi, le droit de vote est sacré et je crois que nous sommes chanceux de pouvoir l'exercer librement. Mais, pour la première fois de ma vie, je n'ai pas voté. Idéologiquement, je suis conservateur, mais on m'a écoeuré avec une campagne de salissage toute axée sur ce que l'autre est, dit, fait ou ne pourra faire. Et de toute façon, le parti de M. Harper n'a de conservateur que le nom! Quelle que soit leurs penchants, je pense que ceux qui ne sont plus intéressés par la politique sont, comme moi, écoeurés.
Je pense que les journaux ont un rôle important à jouer. Et, s'ils évitaient le piège du sensassionalisme «Untel a déclaré que l'autre est...», le débat serait vité lancé vers les idées et les projets. Durant la précédente campagne électorale, je n'ai pas eu assez de doigts pour compter le nombre de fois où rien de positif n'a été apporté par les animateurs d'une émission de couverture électorale ou leurs invités. Il faut cesser de parler de politique comme on décrit un match de hockey ou de boxe, c'est beaucoup plus important que cela!
Jacques Duquette, retraité de la fonction publique fédérale