Vingt ans d’avortement au Québec: bilan et échec
Depuis vingt ans l’avortement est décriminalisé au Québec. Ce dernier est un droit acquis pour la majorité de la population. Sauf que toute progression ou évolution sociale est composée d’arrêts, de détours, de bonds et parfois même de chutes. Cela dit, à quel moment de l’histoire revisite-t-on l’état de la situation pour l’évaluer?
Selon l’Institut de la statistique du Québec, il y a eu 28 255 interruptions volontaires de grossesse (ou avortement) pour l’année 2006. Une légère diminution en comparaison avec 2004, alors que le Québec avait atteint un sommet de tous les temps (29 460). La tendance est lourde depuis plusieurs années, alors que l’on comptait 7 139 avortements en 1976. Entre 1986 et 2006, il a eu tout près de 530 000 avortements au Québec, en excluant les statistiques compilées par les CLSC. Par ailleurs, uniquement pour 2005, la RAMQ a remboursé 30 700 ordonnances de « pilules du lendemain » aux femmes âgées de 15 à 44 ans. Le nombre d’ordonnances a doublé en seulement deux ans (15 100 en 2003).
La contraception orale (la pilule) et la stérilisation féminine plafonnent, sauf pour la stérilisation masculine qui augmente. Aucune donnée empirique sur l’utilisation des méthodes naturelles (sympto-thermique ou Billings, par exemple). Selon une étude canadienne, le condom est utilisé par 60,4 % des hommes (51,2 % des femmes) âgé(e)s de 20 à 24 ans. Malgré cela, c’est chez ce groupe de femmes que l’on compte le plus d’avortements.
En additionnant les ordonnances et les avortements pratiqués annuellement, le total est impressionnant. Une question s’impose ici : est-ce qu’on a priorisé au Québec les méthodes abortives au détriment de l’éducation sexuelle ?
L’éducation sexuelle et les responsabilités qu’elle engendre, autant chez l’homme que la femme, semblent déficientes en analysant ces données. À l’heure actuelle, l’État donne comme de « petits bonbons » les « pilules du lendemain » et s’offre comme « coussin de sécurité » pour les grossesses non désirées. D’une part, est-ce des mesures efficaces pour responsabiliser les personnes envers leur propre sexualité ? D’autre part, l’explosion du nombre d’avortements serait-elle alors le reflet d’un échec des contraceptions au Québec ?
À ce moment précis, si vous cherchiez à positionner mon texte à l’intérieur d’un quelconque appui aux groupes pro-choix ou pro-vie, c’est que je n’ai pas réussi à transmettre l’essence de mon message.
En un mot, le recours aux méthodes abortives comme contraception (?) doit nous interpeller, collectivement et individuellement, à revoir nos méthodes d’éducation sexuelle et de contraception. Si les Québécois(e)s sont aussi progressistes qu’ils aiment bien se définir, ils regarderont alors objectivement la situation et prendront en charge leur sexualité.
Christian Bergeron
Québec