Une vue de la manufacture Dominion Corset, qui domine toujours à Québec dans les années 1950-60.
Ateliers de chaussures et de vêtements à Québec au tournant du 19e siècle
Un brin d'histoire avec la Société historique de Québec
La production de vêtements occupe une place considérable dans l’ensemble de l’activité manufacturière de la ville de Québec au cours des dernières décennies du 19e siècle. Selon le recensement du Canada de 1891, la production des modistes, couturières, tailleurs, fourreurs, chapeliers et fabricants de corsets, gants, mitaines, bonnets, chemises, cravates et sous-vêtements se chiffre à 2 585 213 $, ce qui représentait 17 % de la valeur totale des produits manufacturés à Québec.
Au cours des dernières décennies du 19e siècle, l’industrialisation, importée des États-Unis, vient modifier les habitudes de travail de milliers de gens de la ville de Québec. Aux anciens ateliers d’artisans succèdent de grandes entreprises qui adoptent la mécanisation de certaines étapes de la fabrication et une division plus poussée du travail.
Cependant, cette évolution touche peu la confection des vêtements, qui demeure largement dépendante des boutiques de marchands de vêtements, dont les principales sont, autour des décennies 1860-1880, celles de Glover & Fry, au 24-26 de la rue de la Fabrique, John Darlington, au 7, de la rue Buade, Dechêne & Poulin, au 94-96, de la rue Saint-Joseph, David Morgan, au 12 de la rue Sainte-Anne (coin du Fort), David B. Garneau, au coin des rues Buade et Port-Dauphin, A. Hamel et frère, au 14 de la rue de la Montagne et au 22 de la rue Sous-le-Fort, Léger & Rinfret, John Falck, au 4 de la rue Champlain, James Byrne, au 13, de la rue Buade, Jacques Fuchs, au 16 de la rue Saint-Jean, et W. B. Valleau & Co., du 9 de la rue Buade.
Un certain L.-H. Huot note en 1873, dans son Annuaire du commerce et de l’industrie de Québec, que cette dernière ville compte une vingtaine de «fabrique de hardes. Il y a aussi une fabrique de crinolines et deux ou trois établissements de mercerie et de lingerie…Ces divers établissements emploient environ 300 couturières, modistes et tailleurs.»
Émergence de la Dominion Corset
C'est dans les domaines de la fourrure et des corsets pour dames que ces entreprises prennent alors le plus d’envergure. La Quebec Worsted Co. (lainages, quartier Saint-Roch nord, entre les rues Dorchester et de la Couronne) emploie de 300 à 400 personnes. Mais c’est la compagnie Dominion Corset, spécialisée, comme son nom l’indique, dans la fabrication de corsets et de sous-vêtements pour dames, qui connut pendant près d’un siècle l’essor le plus extraordinaire de toutes ces fabriques de vêtements, sous l’impulsion d’un homme, Georges-Élie Amyot (1856-1930), né à Saint-Augustin-de-Desmaures. À l’âge de 14 ans, cet homme se rend à Québec où il apprend le métier de sellier, puis il part pour la Nouvelle-Angleterre. De retour au pays en 1877, il travaille à Montréal comme commis dans la ferronnerie et la chaussure. À partir de 1879, il est commis pour ses cousins Joseph et Georges-Élie Amyot (son homonyme), marchands importateurs d’articles de la basse-ville de Québec.
Le 11 octobre 1886, Amyot s’associe, pour cinq ans, à Léon Dyonnet. Ce dernier a été incité à se lancer dans la fabrication de corsets par le succès que connaissait, depuis 1882, la boutique de corsets que sa femme Hélène Goullioud, d’origine française comme lui, tenait avec sa sœur Clotilde. L’entreprise connaît rapidement des succès prometteurs. Elle loue des locaux de plus en plus vastes dans la zone industrielle du quartier Saint-Roch : après avoir débuté au pied de la rue de la Couronne, elle déménage au coin des rues Neilson et Christophe-Colomb, pour se fixer définitivement, après le départ de Dyonnet pour le Brésil en 1891, à l’angle des rues Arago et Saint-Vallier.
Désormais, Amyot est le seul maître à bord. En 1898, il acquiert pour 21 500 $ la manufacture de chaussures en faillite que Guillaume Bresse avait fait ériger en 1871, au coin des rues Charest et Dorchester, dans le quartier Saint-Roch. Déjà, en 1887, Amyot remplace les machines au pied par des machines mues par la vapeur, augmentant considérablement la production et réduisant le taux de rémunération à la pièce. Dans son témoignage devant la commission royale d’enquête sur les relations entre le capital et le travail, en 1888, Amyot évalue le nombre de ses employées à une vingtaine, dont 10 à 15 jeunes filles de 10 à 14 ans. La plus grande partie de la production de la manufacture est destinée aux marchés extérieurs à Québec, notamment au bureau de vente en gros de Montréal, ouvert en 1889, puis à celui de Toronto, établi en 1892.
* (Collaboration Raymond Laberge, historien, et de la Société historique de Québec)