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À la démesure de nos voisins

François Cattapan par François Cattapan
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Article mis en ligne le 2 octobre 2008 à 15:00
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À la démesure de nos voisins
La présente crise financière qui secoue les États-Unis et, par ricochet, l'économie de l'ensemble des pays du globe, s'avère une triste illustration de ce que peut engendrer l'aveuglement mercantile. Capable du meilleur comme du pire, nos voisins du Sud ont manœuvré dans cette crise à la manière d'un pays qui ne saurait mieux faire pour donner de nouveaux arguments à ces détracteurs, dont le nombre ne cesse de croître.

Comme l'évoque le collègue Jean-Claude L'Abbée, toute cette mésaventure a pour source la course effrénée au gain facile. En quelques semaines, le monde occidental est passé d'une croissance régulière depuis le milieu des années 1990, soit l'un de ses plus longs cycles positifs des Temps modernes, à un risque élevé de récession, voire de dépression. Le plus frustrant pour les épargnants que nous sommes tous, et qui ont tous vu leur fonds de retraite faire du surplace sinon fondre, c'est que cette crise aurait pu être évitée.

En effet, si nos voisins du Sud n'étaient pas tant fervents pour ne pas dire fanatiques entêtés du satané libre marché, qui doit tout réguler de lui-même, cela ne serait pas arrivé. Du moins, si les banques des États-Unis étaient mieux réglementées et n'avaient pas été aussi irresponsables de prêter à des acheteurs de maison qui n'en ont pas les moyens, cela n'aurait certes pas aussi mal tourné. Quand on pousse la machine à crédit au point de permettre à de petits salariés d'acquérir une demeure en empruntant au-delà de sa valeur, pour s'offrir du même coup un VUS de l'année et pourquoi pas une piscine, un cinéma-maison et d'autres gadgets typiques des consommateurs compulsifs, le tout sans mise de fond initiale, on court carrément à sa perte.

Quand, après coup, on met en circulation cette bulle surréaliste sur le marché boursier, sous forme de papiers commerciaux bidon adossés à des actions tout aussi bidon, on atteint des sommets inégalés d'avarice. Enfin, lorsque le marché ralentit inévitablement et freine cette spéculation inflationniste, alors les fondements de ce château de cartes de l'hypocrisie financière se mettent à vaciller dangereusement. On ne peut que s'étonner de tant d'étourderie de la part d'économistes et gestionnaires de la principale économie mondiale!

Heureusement, le système bancaire canadien n'est pas aussi laxiste et permissif que celui des États-Unis. Chez nous, on ne prête pas à n'importe qui pour n'importe quel projet hors d'atteinte, ni sans une mise de fonds minimale dans le cas d'une hypothèque résidentielle. De plus, nos institutions se trouvent beaucoup mieux capitalisées et, donc, moins fragiles aux intempéries boursières. Néanmoins, comme le soumettaient récemment les dirigeants de la Chambre de commerce du Canada et de la Fédération des chambres de commerce du Québec, le gouvernement fédéral devra être prudent et prévoyant afin de maintenir la compétitivité de l'économie du pays. En ce sens, on suggère que la priorité aille à la création de valeur et de prospérité, tant pour les entreprises que pour les citoyens.

Mais, encore faudra-t-il que les États-Unis soignent entre-temps ses systèmes financier et boursier, afin de redynamiser son économie et, par le fait même, celle de l'ensemble des pays développés. Pourtant, par crainte de sombrer dans «l'interventionnisme communiste», les vieux relents de maccarthysme ont fait sombrer une première tentative de sauvetage évaluée à 700 G$. Or, l'espoir d'une seconde tentative plus fructueuse est permis, puisqu’en guise d'électrochoc les opposants obtus se sont réveillés le lendemain de leur coup de théâtre avec une perte de valeur boursière de 1 200 G$, soit près du double de l'argent qu'ils comptaient épargner. Capable du meilleur comme du pire qu'on disait…

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