L’appât du gain
Chronique urbaine de Jean-Claude L'Abbée
La crise financière en cours aux États-Unis se répercute dans le monde entier et met en péril l’argent que de nombreuses personnes ont mis toute une vie à économiser.
Or, cette crise mondiale provient essentiellement d’un démon aussi vieux que le monde, à savoir l’appât démesuré du gain rapide. De façon fascinante, cet appât du gain se retrouve d’ailleurs à tous les niveaux de notre système économique. Ainsi, les actionnaires de toutes les compagnies cotées en bourse désirent voir progresser rapidement la valeur des actions qu’ils détiennent. Pour ce faire, ils mettent donc de la pression sur les dirigeants de ces entreprises, pour qu’ils fassent augmenter rapidement les profits. Pour rendre cette pression supportable, on conçoit alors un système de rémunération tel que ces dirigeants puissent s’enrichir rapidement. Ces derniers sacrifient alors la stabilité à long terme de leurs compagnies, au profit de stratégies à court terme qui serviront à leur permettre d’encaisser leurs généreux bonis.
Au double appât du gain des actionnaires et des dirigeants de ces entreprises, s’ajoute l’appât du gain des intermédiaires que sont les banques. Or, ces banques sont elles-mêmes des compagnies cotées en bourse et, par conséquent, soumises aux mêmes exigences de rentabilité à court terme que celles de leurs clients. Elles sont donc, elles aussi, dirigées par des gestionnaires rémunérés en fonction des résultats à court terme. Elles peuvent donc prendre à leur tour des risques disproportionnés, pour aider les dirigeants des entreprises qu’elles financent à atteindre leurs objectifs de rentabilité à court terme.
Mieux (ou pire) encore, les actions en bourse de ces banques, ainsi que les actions en bourse des entreprises qu’elles financent, sont vendues par l'intermédiaire d’entreprises qui sont elles-mêmes cotées en bourse et soumises au même cercle vicieux de la rentabilité à court terme. Pour atteindre leurs objectifs, ces dernières embauchent des personnes afin de <@Rb>nous<@Rb> conseiller sur la meilleure façon de faire fructifier nos économies. La rémunération de ces conseillers est évidemment basée sur un système de commissions tel que, plus ils effectueront de transactions avec <@RB>notre argent<@Rb>, plus <@Rb>leur rémunération<@RB> sera élevée.
L’appât démesuré du gain est donc présent à toutes les étapes de fonctionnement de notre système économique. Pourtant, tout ce processus infernal serait beaucoup plus difficile à maintenir si, à sa base même, il n’y avait pas l’appât démesuré du gain facile le plus dangereux de tous, <@Rb>le nôtre<@Rb>! Consciemment ou non, trop d’entre nous pensent pouvoir devenir millionnaire rapidement. Nous nous soucions alors davantage du gain rapide à réaliser plutôt que de la sécurité de nos économies. Pire encore, nous vivons souvent au-dessus de nos moyens, sans nous préoccuper de la capacité que nous aurons de payer nos dettes en cas de coups durs comme une perte d’emploi ou une hausse des taux d’intérêts de nos emprunts. En faisant cela, nous contribuons à maintenir un système absurde dont nous sommes doublement victimes.
Jean BEAUDOIN
Commentaire mis en ligne le 12 octobre 2008COMMENTAIRE ENVOYÉ AU JOURNAL DE L’HABITATION –– remplace le précédent
2008-10-12 10:16:01–– Cet article est très pédagogique ; bravo et merci à son auteur.
Et c’est pour cela que mon beau et gentil conseiller à la Caisse populaire de *** m’avait convaincu de « diversifier » mes investissements et que j’ai perdu à peu près tout ce qu’il m’a fait mettre en « International avec indice européen », et autres salades semblables à « indices indiciellisés par rapport à 100 ». Ce qui n’est pas parti en fumée, était dans le « sécuritaire et obligataire » mais à faible rendement, et il est encore là. Encore chanceux d’avoir diversifié, je suis demi-pauvre, et autrement, je serais un retraité sur la paille.
Je félicite les voleurs du gouvernement fédéral d’avoir dépensé 2 milliards de $ avec les petits copains pour un mauvais logiciel pour le contrôle des armes à feu. Ah, les vilains ! Je n’ai plus d’armes pour me défendre. Ce peut-il que nous retournions au Far-Ouest ? ;=)