Les maisons victoriennes en rangée de l'avenue du Couvent à Beauport de Joseph-Abraham Gagnon, vers 1911, Collection Gagnon-Saulnier, Archives de la Société d'art et d'histoire de Beauport.
Premier développement en banlieue de Québec : le bourg du Fargy
Un brin d'histoire avec la Société d'art et d'histoire de Beauport
Les premières terres dans le bourg du Fargy sont concédées officiellement par Robert Giffard en 1655, bien que certaines soient déjà occupées avant cette date. Ce nom provient de l’inversion des deux syllabes de Giffard, nom du seigneur de Beauport. À l’origine, les concessions ont un arpent (58 m) de front sur dix de profondeur. Elles sont ensuite augmentées à 20 et même 50 arpents de profondeur. Au nombre d’une vingtaine, elles s’étendent des limites du domaine seigneurial jusqu’à l’arrière-fief du Buisson (aux environs des rues Doyon et Saint-Edmond).
Un bourg est formé à même la commune. L’actuelle avenue des Cascades en constitue la limite nord, tandis que le chemin de Beauport (avenue Royale) le traverse d’ouest en est. Il s’étend jusqu’au petit cours d’eau qui coule alors au sud du chemin de Beauport. Un terrain est réservé pour l’église et le cimetière, auxquels on accède par un petit ponceau. Le reste de la commune, jusqu’au bord de l’escarpement, sert de pâturage. Au fil du temps, le bourg du Fargy est devenu le centre institutionnel, communautaire et administratif de Beauport, accueillant l’église, le presbytère, le couvent, le collège, la salle paroissiale et, plus tard, l’hôtel de ville.
Expansion du village de Beauport
En 1835, Antoine-Narcisse Juchereau Duchesnay est forcé de céder le domaine seigneurial à son beau-frère et créancier, Bartholomew Conrad Augustus Gugy. En 1876, Gugy entreprend le morcellement du domaine et vend des terrains. À proximité de la rivière Beauport, les lopins de terre sont étroits et peu profonds (environ 15 mètres en façade sur 55 m), favorisant la densification de l’habitation. À la fin du XIXe siècle, l’accroissement de la population, le développement de l’industrie et l’évolution des besoins favorisent l’arrivée de juristes et médecins. Notables exerçant des professions libérales se joignent aux cultivateurs, hommes de métiers, artisans et ouvriers. Les nouveaux venus s’établissent d’abord sur des terrains plus vastes à l’ouest du vieux bourg, puis, au tournant du siècle, dans le secteur est. Leurs résidences luxueuses, typiques de l’éclectisme de la fin du siècle, constituent aujourd’hui un patrimoine remarquable.
Maison Girardin
Une maison en bois est construite sur cet emplacement au début du xviiie siècle. En 1807, on y trouve une maison en pierre de 11 m de long, dotée d’une cheminée dans chacune des deux salles du rez-de-chaussée, occupée par le maître-forgeron Ignace Girard dit Girardin. Elle a alors son aspect extérieur actuel comprenant la laiterie. Une grande étable s’élève bientôt à l’arrière. Le bien demeure dans le patrimoine familial pendant environ 140 ans. Classée monument historique par le gouvernement du Québec en 1977, la maison reste inoccupée jusqu’à son achat par la Ville de Beauport en vue de sa restauration en 1983. La Société d’art et d’histoire de Beauport en fait un centre d’exposition l’année suivante. Depuis 1995, elle abrite le centre d’interprétation de l’arrondissement historique de Beauport (600, avenue Royale).
Ensemble résidentiel unique à Beauport
En 1907, l’entrepreneur-plombier Joseph-Abraham Gagnon, résidant au 567-569 de l’avenue Royale, fait construire sur l’avenue Royale un immeuble commercial et résidentiel de trois étages ceinturé de galeries sur deux niveaux. Vers 1910, il fait bâtir au sud de cet emplacement six unités d’habitation selon un plan type attribué à l’architecte Georges-Émile Tanguay (voir photo de 1911). Sises du 2 au 12 de l’avenue du Couvent, les maisons de deux étages ont une allure monumentale grâce aux tourelles dominant leurs toitures percées de lucarnes pignons. De hauts portiques couronnés d’un balcon animent la façade. À l’origine, les maisons en rangée bordaient une rue privée qui menait au couvent. L’ensemble témoigne de l’esprit d’entreprise des bâtisseurs du siècle dernier à Beauport.
Visites chez les notables à Beauport
Le dimanche 12 octobre prochain, la Société d’art et d’histoire de Beauport vous propose de visiter deux intérieurs anciens du patrimoine du Vieux-Beauport. Sises aux limites du bourg du Fargy, sur l’arrière-fief du Buisson, ces belles centenaires dotées du « confort moderne » témoignent de l’aisance de leurs occupants et d’un nouvel art de vivre au début du xxe siècle. Départ : 13 h. Durée de la visite : environ 2 heures. Pour information et réservation : (418) 641-6065 ou
www.sahb.ca* (Collaboration spéciale Paul Labrecque et Denyse Légaré, en collaboration avec la SAHB)