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Un Français à la défense d’un tramway pour Québec

Éric Boucher par Éric Boucher
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Article mis en ligne le 26 septembre 2008 à 10:19
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Un Français à la défense d’un tramway pour Québec
«Nombreux sont ceux favorables au développement du transport en commun. Mais pas pour soi, pour les autres: "Allez, mettez-les tous dedans et j’aurai toute la route à moi tout seul!", image Jean-Claude Ziv, titulaire de la chaire logistique, transport et tourisme au Conservatoire national des arts et métiers de Paris.(Photo Eric Boucher)
Un Français à la défense d’un tramway pour Québec
La question est assassine: Combien d’entre vous sont venus assister à cette conférence en auto? Près de la moitié de la salle assistant au Forum Transports viables, transports rentables qui se tenait à l’École nationale d’administration publique (ENAP), mercredi dernier, lève timidement le doigt. Pour Jean-Claude Ziv, qu’une partie de ceux qui se font les plus ardents défenseurs du transport en commun ne l’utilise même pas, démontre bien la victoire de la surabondance d’autoroutes et du transport individuel à Québec. Mais selon le titulaire de la chaire logistique, transport et tourisme au Conservatoire national des arts et métiers de Paris, ça va changer.
À la veille du départ, du maire Régis Labeaume pour «une grosse mission» à Nantes afin de constater de lui-même les impacts de l’implantation d’un système de transport en commun efficace; M. Ziv, était invité, par Accès transports viables, dans le cadre de la Semaine des transports collectifs et actifs 2008, à dresser un portrait des conséquences économiques du développement du transport en commun en Europe.

Depuis une vingtaine d’années, on assiste en Europe à un renouveau des transports urbains. De nombreuses agglomérations développent leur réseau de transport collectif et investissent dans des systèmes performants de Tramway, bus à haut niveau de service, etc.

«La région de Québec ne peut se comparer à ces villes d’Europe au niveau du développement du transport en commun, estime Jeanne Robin, d’Accès transports viables. Même en Amérique du Nord, si on se compare à Portland, Boston, Vancouver ou même Montréal, on a du chemin à faire.»

Québec suivra forcément la voie de l’Europe, estime M. Ziv. Car si le 20e siècle a été le siècle de l’automobile, reléguant le train à vapeur aux oubliettes, le 21e sera celui du transport collectif, évacuant, lui, l’automobile, tout en améliorant la mobilité individuelle.

«En Amérique du Nord, le transport en commun a été développé par nécessité: il fallait bien que les pauvres aussi puissent se déplacer. Mais son développement passe souvent par la limitation de l’usage de l’automobile et ça s’est perçu comme une restriction des libertés individuelles, un thème pas trop populaire lors des élections, d’où la frilosité des gouvernements sur ces enjeux», explique M. Ziv.

L’implantation de tramway à Barcelone n’a pourtant entraîné qu’une diminution des voies pour l’automobile que sur 25% du parcours. 40% de ses utilisateurs ont accès à un autre mode de transport comme l’auto ou la moto, mais préfère tout de même utiliser le tramway.
Le cout du temps
Entre 1960 et aujourd’hui, la mobilité des personnes a plus que quadruplé dans les pays du nord de l’hémisphère.
Ici comme ailleurs, on passe en moyenne 1h30 par jour dans le transport. Curieusement, ce chiffre demeure étonnamment stable, principalement à cause du développement du transport en commun.

Les principaux analystes s’accordent sur le fait que d’ici 2050, la mobilité quadruplera de nouveau. La plupart des justifications au développement du transport en commun prennent en compte un coût «au temps». On considère que le temps passé à se rendre d’un point à un autre est du temps économiquement perdu.

À Montpellier en France, avec l’implantation d’un transport en commun efficace, la durée du trajet de la gare aux universités a diminué de 50%; une économie nette.
Abidjan en avance sur Québec…
M. Ziv ne croit pas que nous sommes condamnés à migrer dans les centres-villes pour avoir accès au transport en commun du futur.
«Je suis convaincu, dit-il, que les villes permettront de vivre en banlieue avec des transports collectifs adaptés permettant des déplacements de «porte-à-porte » et «juste à temps». Il cite l’exemple de microtransport en commun à Abidjan, en Côte d'Ivoire, où la population est cueillie directement à la porte de sa résidence. On pourra combiner transports collectifs sur les grands axes à des systèmes «à la demande» afin de permettre la liberté individuelle. Le transport en commun devra répondre aux besoins de toute la société: les riches, les pauvres, les personnes âgées, les handicapés, les touristes, ceux qui ont le temps et ceux qui n’en ont pas…pour s’implanter durablement.»

Reconnus pour leur intérêt écologique, les transports collectifs et actifs ont aussi des avantages économiques, tant pour les individus que pour la collectivité, estime M. Ziv.

À Barcelone, l’implantation du tramway a entraîné, sur une des deux lignes, la revitalisation des façades des édifices sur 70% du tracé. Depuis la mise en service d’une ligne de Dieppe à Déville-lès-Rouen, le marché de l’habitation a connu une hausse de 20 % en périphérie de la ligne. À Nantes, 25% des logements et bureaux neufs ont été construits dans les zones desservies par les tramways.

À Strasbourg, après la mise en service du tramway en 1994, les déplacements vers le centre-ville pour le motif «achat» ont crû de 20%.

Cet été, lors du 400e à Québec, la population – constatant que le transport en automobile et le stationnement n’étaient pas viables au centre-ville – a massivement risqué, malgré ses lacunes au niveau du confort, du «porte à porte» et du «juste à temps», le transport en commun. Ces personnes et leur porte-feuille seraient possiblement demeurées chez elle sans le transport public. Il pourrait être surprenant ce que l’amélioration des réseaux de transport collectif pourrait entraîner comme redynamisation de l’espace urbain à Québec, estime M. Ziv.

À Strasbourg, après la mise en service du tramway en 1994, les déplacements vers le centre-ville pour le motif «achat» ont crû de 20%.

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