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Stephen Harper, le chant des sirènes

Article mis en ligne le 21 septembre 2008 à 13:10
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Stephen Harper, le chant des sirènes
Comme quoi l’histoire se répète, voici un texte que j’avais soumis aux quotidiens dans le cadre de l'élection fédérale de 2006. Je ne m’attendais pas à ce que seulement 2 ans de pouvoir conservateur me donnent autant raison. Car depuis, Harper parle de mieux en mieux le français, nous dit des mots que l’on aime entendre comme « le Québec est une nation », mais...

Mais avant, un bref bilan. Le siège du Québec à l’UNESCO : de la frime du genre « assieds-toi derrière et ne me dérange pas pendant que je traite de choses sérieuses; c’est moi qui parle au nom du pays ». Harper n'a toujours pas respecté sa promesse de régler la question du pouvoir fédéral de dépenser et ayant reconnu du bout des lèvres (seulement en français) la nation québécoise, il a refusé récemment de rouvrir la constitution pour les y enchâsser. Il prétend avoir réglé le déséquilibre fiscal alors que tous les partis à Québec disent le contraire. Quand à sa collaboration avec un gouvernement nettement fédéraliste à Québec, on voit ces derniers jours à quel point elle n'est que factice pour peu que Jean Charest redresse un peu l'échine. Son visage d’extrême droite s’est démasqué avec les récentes coupes en culture, le virage militariste qu'il a donné au Canada, ses nombreuses tentatives infructueuses (heureusement qu’il est minoritaire) de mettre à l’avant-plan la « law and order ». Voici donc mon opinion de l’époque qui mérite, je trouve, un copier/coller :

Harper : fin du dilemme entre « souverainisme » et fédéralisme ?

Le chef du Parti conservateur Stephen Harper nous promet de respecter les compétences des provinces et de reconnaître la doctrine Gérin-Lajoie (selon laquelle le Québec peut s’exprimer dans certains forums internationaux lorsqu’il s’agit de matières relevant de ses compétences). Il nous promet aussi de régler le déséquilibre fiscal. Grâce à ces promesses, des Québécois se mettent à espérer la possible résolution du dilemme dans lequel nous sommes pris au Québec depuis trop longtemps, à savoir choisir entre « souverainisme » et fédéralisme. Les Québécois sont las de voir tout débat politique ou social teinté, voire éclipsé par ce dilemme. Que d’énergie gaspillée ! Mais méfions-nous du chant des sirènes, car ce n’est pas en élisant Stephen Harper que cela va cesser. En effet, il est de la nature du Québec, tous gouvernements confondus, d’être autonomiste et de celle du Canada d’être centralisateur, de nier le caractère distinct du Québec et de lui refuser tout accommodement. Les besoins de l’un sont inconciliables avec les visées de l’autre. Bien sûr, Stephen Harper utilise des mots qui plaisent aux Québécois, mais n’a-t-il pas voté contre la doctrine Gérin-Lajoie à la Chambre des Communes ? M. Harper peut bien promettre ce qu’il voudra aux Québécois et se réclamer de René Lévesque, ce n’est que de la frime électoraliste. Car, une fois au pouvoir il trouvera vite la sortie côté jardin face aux aspirations du Québec, aidé en cela par les mandarins d’Ottawa qui perpétuent la centralisation du Canada. Il a tout intérêt à plaire au reste du Canada (ROC). Comment ? En mettant le Québec à sa place. Exit les promesses faites au Québec !

Pierre-Elliott Trudeau n’avait-il pas interpellé le ROC et mis son siège en jeu lors du référendum de 1980 en garantissant aux Québécois du changement s’ils votaient NON ? Résultat : rapatriement unilatéral de la Constitution sans l’accord du Québec et, en prime, adoption de règles rendant toute modification de celle-ci quasi impossible. Brian Mulroney, un conservateur, n’avait-il pas promis aux Québécois de leur faire réintégrer le Canada dans l’honneur et l’enthousiasme ? René Lévesque avait alors accepté de courir « le beau risque ». Deux chefs sincères. Résultat : Rejet par le ROC de l’accord du lac Meech et de celui de Charlottetown. Très peu pour le Québec est déjà beaucoup trop pour le ROC. Jean Chrétien, dans son discours de Verdun visant à « sauver le Canada » au référendum de 1995, n’avait-il pas été jusqu’à reconnaître la notion de « société distincte » qu’il avait pourtant farouchement combattue quelques années plus tôt ? Résultat : déni de la nation québécoise, plan B, durcissement envers le Québec, loi sur la clarté, commandites pour acheter l’âme des Québécois. Paul Martin n’avait-il pas promis de se démarquer de son prédécesseur en étant, notamment, plus conciliant envers le Québec ? Résultat : Malgré un gouvernement très fédéraliste à Québec, poursuite de la ligne dure, déni du déséquilibre fiscal et de la doctrine Gérin-Lajoie, quelques ententes administratives (donc rien de garanti dans le futur) arrachées à la suite de durs combats par Québec. Et depuis le déclenchement de la campagne électorale : durcissement de sa position envers les besoins du Québec - c’est tellement plus payant dans le ROC !

Le Canada a fait largement la preuve de son incapacité de satisfaire les aspirations légitimes du Québec. La seule façon pour les Québécois d’en finir avec ce dilemme « souverainisme » versus fédéralisme n’est pas de se mettre une fois de plus des lunettes roses. C’est de faire face à leur destin et de réaliser la souveraineté du Québec. D’ici là, le seul parti qui offre véritablement la garantie de défendre les intérêts du Québec à Ottawa demeure le Bloc québécois. Le meilleur intérêt tant du ROC que du Québec réside dans le développement harmonieux de chacune des deux nations, souveraines, côte à côte, plutôt que dans l’acharnement à les garder unies dans un pays devenu dysfonctionnel et irréformable depuis les changements constitutionnels de 1982. Que l’on cesse enfin de tergiverser et que chaque nation se développe comme elle l’entend.
René Reid, Charlesbourg

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