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Le pétrole pas assez cher

François Cattapan par François Cattapan
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Article mis en ligne le 18 septembre 2008 à 15:30
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Le pétrole pas assez cher
Les raffineries et les pétrolières semblent avoir un don pour jouer avec les nerfs des consommateurs. D'une fluctuation à l'autre du prix du pétrole à la pompe, plus souvent à la hausse qu'à la baisse, les automobilistes grincent des dents avec raison. Difficile à suivre le raisonnement des bonzes de l'or noir, qui jouent avec les tarifs de cette ressource énergétique quasi vitale dans la société et surtout l'économie moderne.

En effet, il est pour le moins déplorable sinon irritant de constater que la moindre petite inquiétude fait inévitablement flamber les prix du brut en bourse. Pourtant, lorsqu'on s'aperçoit que l'alerte était fausse ou démesurée, par exemple l'ouragan Ike qui a fait peu de dégâts aux installations pétrolières de Houston au Texas non sans que les producteurs s'autorisent une «provision», le baril continue de flotter dans les hautes sphères. Le retour à la normale se fait très lentement. On sent presque une retenue.

Avant que la situation stabilisée se concrétise à la pompe de la station-service du coin, il se passe parfois plusieurs jours. Téléphone arabe déficient, oreille sourde, collusion? Tout ce qu'on sait, c'est que cela se reproduit chaque fois. Bizarre tout de même qu'un détaillant qui achète une ressource à un prix donné puisse le hausser allègrement et plus d'une fois, pour refléter une réalité qui n'est pas la sienne. De fait, comment expliquer récemment que le litre d'essence soit passé de 1,32 $ à 1,45 $ partout et en même temps? Comme si toutes les pompes à essence de la région étaient ravitaillées le même jour et même coût!

L'une des pistes de solution et de salut pour le consommateur réside dans le recours à d'autres alternatives en matière énergétique. Une possibilité qui manque encore cruellement à l'égard du pétrole. Trop de dépendance limite l'action. L'essence demeure un des rares produits qu'un automobiliste peut difficilement boycotter. Contrairement à tout autre produit de consommation qu'on peut bouder lorsque son manufacturier nous exaspère par la piètre qualité de ce qu'il vend, ou par le prix exagéré qu'il réclame, ou encore par l'ensemble de son œuvre, on ne peut faire de même envers les pétrolières.

Reste à espérer que cette exaspération fasse naître des innovations qui débloqueront sur des solutions de rechange. La rareté et les prix exorbitants du pétrole provoqueront la nécessité de faire preuve d'imagination. Comme pour le chauffage au mazout, qui tend à disparaître pour faire place au gaz et à l'électricité, mais aussi et de plus en plus au foyer de masse thermique (bois), à la biénergie et à la géothermie, voire au solaire et même à l'éolien domestique. Bref, la consolation devant un prix en hausse du pétrole réside dans le potentiel d'opportunités et d'alternatives qui en découle.

À cet égard, le prix du pétrole n'est peut-être pas encore assez cher pour que certains voient la nécessité de s'en passer. C'est surtout le cas de la première économie mondiale, celle de nos voisins du sud, qui carbure aveuglément à l'or noir. Elle use de toutes ses influences pour s'accaparer le maximum des réserves mondiales disponibles pour assouvir sa gourmandise, non sans froisser quelques susceptibilités nationales au passage. Son industrie automobile lourde et lente aurait pourtant tout intérêt à profiter de la crise transitoire actuelle pour développer de nouveaux produits. On commence à peine à voir poindre des modèles hybrides produits à petite échelle.

L'essence ne semble donc pas encore assez chère pour forcer la remise en question des manufacturiers de Détroit, qui se targuent encore de la puissance de leurs moteurs gourmands. Le consommateur aussi doit assumer ses responsabilités, pour ses choix, mais aussi ses comportements. Or, lorsqu'on voit des automobilistes qui attendent galamment leur conjointe en laissant tourner le moteur devant la caisse-pop, la pharmacie ou le dépanneur, force est d'admettre que le pétrole n'est pas encore assez cher…

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