Pour un Moulin à images équitable
Parmi les retombées positives qu'il faut déjà attribuer à l'été 2008 du 400e de Québec, on retrouve en tête de liste le constat que l'offre d'événements majeurs et de produits culturels uniques s'avère une stratégie de mise en marché hors pair, pour attirer des visiteurs et faire rouler l'industrie touristique de la capitale.
À cet égard, l'intention du maire Régis Labeaume de constituer un fonds spécial afin, entre autres, de permettre le retour du Moulin à images en 2009 s'annonce fort louable, voire souhaitable. Reste à trouver une façon de faire qui soit équitable pour tous.
Comme le soumet le maire de Québec, le premier réflexe pour amasser les 4 à 5 M$ nécessaires à la mise à jour et à la projection de la rétrospective historique de grande qualité réalisée par l'équipe d'ExMachina sur les silos de la Bunge consiste à mettre à contribution les intervenants favorisés. À sa suggestion, outre la Ville elle-même et l'Office du tourisme, il y aurait lieu de solliciter les restaurateurs qui ont largement tiré profit de la présentation du Moulin à images chaque soir de l'été.
Il suffisait de voir les files de clients s'étirer à la porte de chaque établissement et terrasse des rues Saint-André et Saint-Paul dans le Vieux-Port, et même Saint-Joseph dans Saint-Roch ainsi que Saint-Jean à la haute-ville, pour comprendre que les affaires ont été très bonnes.
Toutefois, comme l'indique le nouveau chef de l'opposition du RMQ à l'hôtel de ville, Alain Loubier, il faut que la solution mise de l'avant soit juste. En effet, imposer une nouvelle taxe ne serait-ce que de quelques dollars n'aura sans doute pas le même attrait pour un restaurant du centre-ville que pour un casse-croûte de la banlieue. La solution doit être réfléchie pour ne pénaliser aucun commerçant.
De plus, comme le signale le collègue chroniqueur Jean-Claude L'Abbée, il faut éviter à tout prix que le financement d'un fonds dédié aux événements spéciaux ne s'apparente à une taxe municipale déguisée, que le citoyen retrouvera tôt ou tard sur sa facture de restaurant. Surtout que, contrairement à une mesure similaire imposée aux établissements d'hébergement, il serait difficile de cibler principalement les touristes.
Bref, le maire Labeaume peut bien être persuadé d'en arriver à une entente avec les créateurs du Moulin à images, il lui reste à résoudre le plus important : le financement. À cet égard, si la Ville ne peut inclure cette dépense à son budget régulier, la meilleure façon d'être équitable serait peut-être de songer à imposer une quote-part sur la taxe commerciale des établissements concernés, à défaut de quoi il faudra utiliser le nouveau fonds pour mousser des événements culturels dans tous les arrondissements de la ville. Cette dernière option aurait le mérite d'éviter que tout se passe au centre-ville, déjà passablement congestionné.
Une chose est sûre, le maire de Québec a bien raison lorsqu'il observe que «c'est le produit qui provoque l'achalandage». La promotion n'est qu'un soutien. Peut-être qu'un simple réaménagement budgétaire en fonction de cette évidence suffirait à débloquer les sommes nécessaires sans taxer personne…