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«Une histoire de fous» : la prise en charge des aliénés

Un brin d'histoire avec la Société historique de Québec

Article mis en ligne le 31 août 2008 à 15:30
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«Une histoire de fous» : la prise en charge des aliénés
Vue de l'hôpital Saint-Michel-Archange à l'époque.
«Une histoire de fous» : la prise en charge des aliénés
Un brin d'histoire avec la Société historique de Québec
Au temps de la Nouvelle-France, le sort des aliénés était bien précaire. À une date indéterminée entre 1714 et 1717, Mgr de Saint-Vallier, évêque de Québec, fonde de ses deniers, à l’Hôpital Général, une « maison de force » pour les femmes furieuses ou de mauvaise vie. En 1721, il obtient du Conseil de la Marine une gratification du Roi pour la construction de loges où garder les hommes aliénés. Elle est achevée en 1723 pour accueillir douze personnes tout au plus.
En 1753, les Sulpiciens, de leur côté, obtiennent des Sœurs Grises (les Sœurs de la Charité) la permission d’hospitaliser des aliénés à l’Hôpital Général de Montréal. Ce n’est toutefois qu’en 1801 que le gouvernement accepte de se charger des frais d’entretien des malades mentaux du Bas-Canada, et il nomme une commission spéciale pour surveiller l’administration de ce service et faire rapport tous les ans. Cette même année, les commissaires passent un contrat avec les religieuses de l’Hôpital Général de Québec et de celui de Montréal, qui gardent encore quelques aliénés à leurs frais. On entreprend alors la construction de loges pour les patients, loges qui sont terminées aux deux endroits en 1802. En 1808, l’Hôtel-Dieu de Trois-Rivières consent à son tour à hospitaliser les malades mentaux aux frais de l’État.

La création d’un asile d’aliénés est de plus en plus recommandée à partir de 1810, d’abord par les commissaires du gouvernement, par le médecin de l’Hôpital Général de Québec, par une commission d’enquête présidée par un certain Richardson qui fait rapport en 1824. Sa nécessité s’impose davantage quand les Sœurs Grises de Montréal abandonnent le soin des aliénés en 1831, et quand une philanthrope américaine, Miss Dorothea Lin Dix, se rend au Bas-Canada pour rencontrer particulièrement les législateurs du gouvernement et intercéder en faveur des malades mentaux.

En 1845, le nombre des aliénés a augmenté à un tel point au Bas-Canada que lord Metcalfe, le gouverneur du Canada, offre une subvention du gouvernement pour doter l’Hôpital Général de Québec d’un service plus scientifique. Trois médecins de Québec, les docteurs James Douglas, Charles-N. Frémont et Joseph Morrin acceptent de garder et de traiter les aliénés dans un endroit convenable. Ils se forment en société pour louer un domaine du colonel Conrad Bathélémy Gugy, baptisé Darnoc (inversion de son prénom), alors la plus vieille maison du Canada, et qui est, en fait, le manoir construit par le seigneur Robert Giffard, premier médecin résident dans la colonie.

Le nombre de pensionnaires de l’asile est alors de 82; 23 viennent de l’Hôpital Général de Québec, 52 de la prison de Montréal et 7 de l’Hôtel-Dieu de Trois-Rivières, qui est alors dirigé par les Ursulines. Les propriétaires confient la gérance des lieux à un monsieur Wakeman et la surveillance médicale au docteur Antony Von Iffland. Le service spirituel est assuré par le curé de Beauport. Les médecins responsables de l’établissement s’appliquent à occuper les malades capables de travailler, soit aux travaux domestiques, soit aux travaux des champs. Ils font aussi tomber quantité de liens – des chaînes, en fait! – qui retenaient captifs, jusqu’alors, les membres des pauvres aliénés. Leurs efforts sont couronnés de succès : bon nombre de malades ont amélioré leur état de santé mentale, quelques-uns sont même guéris.

En 1848, le gouvernement du Bas-Canada, satisfait, prend de nouveaux engagements avec les médecins fondateurs de l’asile, cette fois pour une période de sept années. Il les prie en même temps de se choisir un endroit où ils pourraient établir leur œuvre de façon permanente. Or, le docteur Douglas possède déjà à Saint-Roch-nord, à deux milles de Québec, une belle propriété qu’il appelle Glanella. Il se décide à acheter la terre voisine où se trouve la demeure du juge Amable de Bonne. Cette propriété consistait dans l’étendue du terrain que forment les lots 590 et 591 du cadastre officiel de Saint-Roch-Nord, du lot 737 de Beauport, et des bâtiments qui s’y trouvaient alors. Le site choisi répond parfaitement aux vues des médecins fondateurs, aux besoins de l’œuvre. On peut y former une petite colonie, y établir une ferme, des boutiques, etc. Par ailleurs, les abords de la résidence présentent le plus bel aspect. De plus, un petit cours d’eau appelé rivière de la Cabane aux Taupinières, descendant des Laurentides, vient terminer sa course en sillonnant la propriété dans son entier, répondant aux besoins du service et offrant une protection efficace en cas d’incendie.La résidence du juge de Bonne est donc le noyau du nouvel établissement; on y ajoute, de chaque côté, deux annexes, la première, vers l’ouest, sur une longueur de 70 pieds; puis, tournant à angle droit, se dirigeant vers le nord, une autre, sur une longueur de 88 pieds. Ces annexes ne comportent alors que deux étages. Depuis 1845, on avait admis 545 malades mentaux à cet établissement.

En 1854, l’incendie de l’asile des femmes, détermine une autre fois les propriétaires à acheter de O.L. Richardson, la propriété voisine, du côté est. L’asile, qui a été sous le contrôle d’anglophones depuis le début, devait passer, petit à petit, entre 1860 et 1865, sous le contrôle de francophones. Le docteur Morrin se retire en 1860 et meurt l’année suivante. Après la mort du docteur Frémont en 1862, ses parts sont vendues au docteur J.-E. Landry. Le gérant Wakeman est remplacé à l’administration par le notaire Vincelette en 1864. Cette même année, on entreprend la démolition de la maison Richardson et la construction d’une grande maison pour accueillir les hommes. En 1865, quand le docteur Douglas consent à vendre toutes ses actions, l’ « asile des aliénés de Québec » devient la propriété des docteurs Jean-Étienne Landry et François-Elzéar Roy. Le docteur Douglas quitte Québec, ruiné. Son domaine de Glenella est vendu, le 26 février 1875, par le shérif à un trust. Le docteur J.-E. Landry l’achète, le 18 mai 1877, pour en faire sa villa Mastaï. Mais, entre-temps, un incendie détruit, en 1875, l’ancienne résidence du juge de Bonne, édifice qu’on se hâte de reconstruire, le portant, cette fois, à quatre étages, plus des mansardes au centre. C’est alors qu’on voit apparaître la gracieuse coupole qui attirait le regard vers la vieille maison. Toutefois, le côté ouest de celle-ci n’est pas exhaussé.

Les docteurs Landry et Roy conduisent sérieusement leur entreprise. Chacun de son côté se rend en Europe dans le but d’étudier la situation de la psychiatrie à l’étranger. Des visiteurs de marque, comme le gouverneur du Canada, lord Dufferin, font des éloges de leur établissement. Le gérant de celui-ci, Clément Vincelette, qui tient domicile sur les lieux de son travail et est consacré le « bon Dieu des Loges », attire chez lui une foule de personnages religieux et politiques.Le renouvellement du contrat pour une période de dix années se fait en 1883, dans un tapage politique qui ne présage rien de bon. Il serait trop long d’énumérer les diverses péripéties de cette lutte politique, qui a duré onze ans et qui a provoqué, chez les hommes politiques les plus éminents de l’époque, des violences de langage et de plume du plus mauvais aloi, des coups même. N’a-t-on pas vu Philippe Landry, ancien sénateur, que le journal l’Électeur de Québec accuse de toucher 150 $ par aliéné dans l’asile et de les nourrir de mélasse, de les faire mourir de froid et de faim, rencontrer le député de l’Opposition Charles Langelier dans les couloirs de l’hôtel du Parlement et de lui cravacher le visage?

Le « bill des aliénés » a un retentissement jusqu’à l’asile Saint-Jean-de-Dieu de Montréal. Et la question fait la vie dure aussi bien au parti libéral qu’au parti conservateur. Il en résulte que le gouvernement du premier ministre Ross, pressé de toutes parts, doit passer une loi, en 1885, à l’effet de renforcer le contrôle gouvernemental sur l’asile. Il décrète donc la création d’un bureau médical et se réserve le droit de choisir lui-même les membres qui le composeraient. Le docteur Arthur Vallée, médecin visiteur à l’asile depuis 1879, est alors nommé surintendant de l’asile. Mais à Québec comme à Montréal, les propriétaires des asiles d’aliénés, s’appuyant sur les termes de leurs contrats, refusent de recevoir les fonctionnaires des bureaux médicaux du gouvernement et la loi Ross reste inopérante.

Le docteur François-Elzéar Roy meurt en 1887, à la veille d’une enquête tenue par une commission royale nommée par le gouvernement Mercier pour y étudier la situation des asiles. Les commissaires n’arrivent pas à s’entendre et deux rapports séparés sont publiés l’année suivante. Si bien que, en 1889, la conclusion de l’enquête aboutit à l’abrogation de la loi de 1885, en attendant l’expiration du contrat. Quand arrive l’année 1893, c’est, à la Chambre et dans la presse, une mêlée générale qui a pour dénouement, après l’intervention de Mgr Bégin, l’archevêque de Québec, et du ministre Louis-Philippe Pelletier, secrétaire provincial, l’achat de l’asile par les Sœurs de la Charité de Québec, au montant de 425 000 $. Le contrat est signé à la maison-mère, le 7 avril 1893, à 10 h30 du soir, pendant une impressionnante tempête de tonnerre. Dès le lendemain, les religieuses arrivent à l’asile pour prendre soin des 956 pensionnaires qui y sont détenus; la famille Vincelette quitte les lieux le ler mai suivant. Les religieuses placent l’établissement sous la protection de Saint Michel-Archange. En 1914, l’asile Saint-Michel-Archange devient l’hôpital du même nom.

* (Collaboration spéciale Raymond Laberge, historien, juin 2008)

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michel beaucage

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