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Tasse-toi mon oncle!

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Article mis en ligne le 21 août 2008 à 10:35
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Tasse-toi mon oncle!
Tout était parfait. Même Dame Nature acceptait pour une rare fois, cet été, d’accorder une soirée sans pluie et sans nuages, afin d’exposer une pleine lune parée de rouge se mariant à merveille à l’explosion de couleurs, et de son, que fut l’extraordinaire rendez-vous Le chemin qui marche. Ses artisans et artistes auront fait vivre un des plus beaux moments du 400e aux quelque 70 000 personnes rassemblées sur les battures de Beauport; nous laissant croire du même coup que cette année n’est peut-être pas seulement le post mortem de Québec.

Cet évènement, par son originalité et son audace, même dans le choix du site – que nous avons redécouvert pour plusieurs – permettra peut-être aux jeunes créateurs de tous les domaines d’espérer que lorsqu’on aura fini de célébrer le passé on pourra commencer à célébrer l’avenir. Que Québec se mettra au diapason de sa jeunesse, par son audace et ses innovations. Qu’après 400 ans, Québec cessera d’être un village pour enfin devenir une ville. Les baby-boomers forment maintenant moins de 50 % de la population active à Québec, il est peut-être temps que ça se reflète dans nos choix de société.

Je n’ai rien contre Céline et Paul. Mais, ils appartiennent au passé. À Québec, la nostalgie guide plusieurs de nos décisions, jusqu’aux premières pierres des fondations de la ville mimant l’atmosphère de la mère patrie. Les œuvres de Robert Lepage et de Franco Dragone sont certes d’admirables créations. Ces artistes sont toutefois des valeurs sûres. La Société du 400e ne risquait pas de décevoir. On a consensus. Robert Lepage aurait recouvert de merde de pigeons les silos à grains de la Bunge, qu’on aurait crié au génie de toute façon.

Et, les génies reconnus, ça coûte cher. La prolongation de son contrat de quelques jours pour le Moulin à images aura coûté 500 000 $. Qu’auraient pu faire 50 jeunes créateurs talentueux avec tout cet argent? On ne le saura jamais. Le chemin qui marche était risqué. Bravo aux dirigeants du 400e pour avoir parié sur Olivier Dufour. Nous avons été agréablement surpris, voire déstabilisés. Pourtant, le Journal de Québec, alors que le plus spectaculaire évènement de l’été s’était déroulé la veille faisait de la future venue de Céline – une autre valeur sûre – sa première page de samedi dernier.

Au moment d’écrire ces lignes, le tsunami n’avait pas encore déferlé sur la Ville. Tsunami emportant dans son sillage tout droit au sens critique. À Québec, même les plus grands détracteurs de Céline se sont transformés, au cours des dernières semaines, en inavoués et inconscients admirateurs. Consensus de petit village!

Régis Labeaume a mentionné à quelques reprises qu’une des raisons qui le poussait à aspirer au poste de maire était sa fille, musicienne exilée à Montréal parce que Québec est trop étroit. Le maire souhaite redonner aux jeunes la foi en cette ville. Pour une des rares fois cet été, j’ai eu l’impression à la baie de Beauport de ne pas habiter dans un village, qu’enfin un jour, Québec pourrait aspirer à être une grande ville, d’être une précurseure dans différents domaines et arrêter de se contenter de ramasser les miettes des autres. Il faut trop souvent que nos créateurs locaux soient encensés à Montréal ou ailleurs, avant que l’on ne reconnaisse leur talent ici. C’est typique d’un village. Peut-être leur a-t-on offert ce soir-là une bouée, un espoir, que cela était en train de changer.

Daniel Gagnon, directeur communication et publicité à l’Office du tourisme de Québec, révélait, lors d’une entrevue antérieure, que lorsqu’on demande aux étrangers de définir Québec dans des «focus groups» touristiques, les mots qui reviennent le plus souvent sont «beautiful but boring». Nous avons peut-être assez investi pour que Québec soit belle. Pour les 400 prochaines années, travaillons à ce qu’elle cesse d’être aussi prévisible. Olivier Dufour et son équipe nous ont montré la voie…

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