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Avant qu'il soit trop tard

Chronique urbaine de Jean-Claude L'Abbée

Article mis en ligne le 19 août 2008 à 7:10
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Avant qu'il soit trop tard
Chronique urbaine de Jean-Claude L'Abbée
En entrevue avec Sylvain Bouchard du FM 93, Jean Beaudoin, président du Syndicat des policiers de la Ville, a annoncé la création prochaine d’une escouade antigang de rue à Québec.
Bien qu’il soit étrange qu’une telle nouvelle soit annoncée par le président du syndicat plutôt que par le chef de police, il faut se réjouir de la formation d’une telle escouade qui sera constituée de membres de la police de Québec, de la police de Lévis et de la sûreté du Québec. Bien que moins évidente qu’à Montréal, Toronto ou d’autres grandes villes, la présence de tels gangs de rue à Québec est incontestable et il faut agir avant qu’il soit trop tard.

Richard Côté, conseiller du district Vanier et membre de l’exécutif municipal, a d’ailleurs confirmé l’existence d’un rapport tenu secret sur la prolifération des gangs de rue à Québec. Interrogé sur le sujet, il a déclaré au Journal de Québec : «on ne veut pas leur donner de l’importance en donnant leurs noms (ceux des gangs de rue).(…) On respecte la stratégie du chef de police selon laquelle on ne doit pas étaler sur la place publique ce qui se passe». Pour sa part, le président du syndicat des policiers affirme qu’il y a une forte augmentation de la présence de gangs de rue à Québec. «Leurs membres, dit-il, sont aussi plus agressifs qu’ils ne l’étaient. Ils font plus d’intimidation envers les policiers».

Les évènements de Montréal-Nord en fin de semaine dernière doivent nous servir de leçon. La ville de Montréal a trop tardé à s’intéresser à ce qui était considéré comme de la «petite» criminalité. Or, comme les évènements récents le démontrent, les petites bandes d’adolescents d’hier se sont structurées et leurs membres sont devenus de véritables bandits capables de violence gratuite, de taxage de commerçants, de vols et de meurtres, sans oublier la prostitution et le trafic de drogue. L’enquête Scorpion a démontré que Québec n’était pas à l’abri de ce phénomène et il faut penser dès maintenant aux défis auxquels cette escouade fera face.

Ainsi, il sera important d’avoir une stratégie globale d’intervention plutôt qu’une approche au cas par cas. Il faudra également s’assurer que les différents corps policiers de cette force de frappe n’entrent pas en compétition les uns avec les autres, mais qu’ils travaillent ensemble. Cette approche globale devra aussi tenir compte de la composition des différents gangs (ce genre de criminalité n’est pas le seul apanage d’immigrants et de nombreux Québécois de souche ont leurs groupes), afin d’établir des stratégies spécifiques. Il faudra aussi identifier les adultes qui se servent souvent d’adolescents pour accomplir leurs basses œuvres. Les policiers et les autorités municipales devront cesser de cultiver le secret et, au contraire, informer la population pour obtenir son appui.

Au-delà de tout cela, pour vraiment juguler les gangs de rue, il faudra que nos élus de tous niveaux consentent à investir les sommes requises pour réprimer et prévenir cette forme de criminalité. Sans cela, la formation d’une escouade antigang de rue à Québec n’aura été que de la poudre aux yeux, destinée à nous faire croire qu’ils agissent.

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