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Regardons la situation en face

Benoit Charette par Benoit Charette
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Article mis en ligne le 22 juillet 2008 à 15:30
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Qu’en est-il de l’avenir de GM ?
La semaine dernière, seulement six semaines après avoir annoncé la fermeture de 4 usines de camions, le géant américain de l'automobile s'impose une nouvelle cure d'amaigrissement. Il n’en fallait pas plus pour que les économistes annoncent l’apocalypse. Merrill Lynch a estimé possible une faillite à l'horizon de 2010 par manque de liquidités, GM étant étranglé par la chute de ses ventes. Malgré les chiffres impressionnants, il faut regarder ces annonces avec circonspection et être capable de prendre un certain recul. Il est vrai que la situation en Amérique du Nord n’est pas rose. Loin de son record à 93,62 dollars atteint le 24 avril 2000, l'action GM valait moins de 10$ la semaine dernière.
Regardons la situation en face
Le plus grave problème de GM en ce moment en est un d’image. Personne ne veut acheter de voiture d’une compagnie aux pieds d’argile. Le programme de restructuration veut démontrer que GM est prêt à faire ce qu’il faut pour retrouver le chemin de la rentabilité. La valeur en bourse du constructeur américain est évaluée à 6 milliards de dollars, ce qui en fait, techniquement, une cible facile pour un acheteur potentiel. Néanmoins, la dette de16 milliards de dollars environ pourrait décourager plus d'un acheteur car celui-ci devrait intégrer cette composante dans le prix de rachat. Mais le point le plus important est la valeur des actifs de GM qui frôlent les 150 milliards de dollars, donc la compagnie peut facilement vendre une partie de ses actifs pour sortir de cette mauvaise passe. Voici comment GM vise à économiser. Comme les ventes ont fortement diminué et continueront pour les 18 à 24 prochains mois, il faut réduire la taille de l’entreprise de la même manière. La capacité de production dans les camions, les frais d'ingénierie, de marketing et de vente vont être diminuer afin de ramener ses coûts de structure en Amérique du Nord de 33 milliards de dollars l'an dernier à environ 27 milliards en 2010. Au risque d'hypothéquer l'avenir, le constructeur de Detroit coupe aussi dans ses investissements. La majeure partie de ces réductions est liée au report de la nouvelle génération de gros pick-up et de SUV. Il est vrai qu'avec la flambée du baril de pétrole, ces gros véhicules ne sont plus dans l'air du temps. À cela s'ajoutent des cessions. GM recense actuellement les actifs qui pourraient être cédés et espère en tirer de 2 à 4 milliards de dollars. Par ailleurs, la marque Hummer est sur la sellette. À cela s’ajoute de nouvelles réductions d'effectifs en Amérique du Nord, sans que le groupe précise à ce stade le nombre de personnes concernées. La couverture médicale des salariés retraités est supprimée, tout comme les bonus des cadres. Le coût de ces postes doit ainsi baisser de 20 %, et représente1,5 milliard de dollars.
Un manque de liquidité
GM dispose en ce moment de 20 milliards de liquidité, ce qui aux yeux de bien des analystes est insuffisant pour faire face à une crise qui va se prolonger jusqu’en 2010. Ce plan de restructuration vise à amasser un 15 milliards supplémentaires pour tenir jusqu’en 2010 dans un contexte aussi défavorable que celui que vit les Etats-Unis en ce moment. Donc pour élaborer le plan GM a tenu compte du prix du baril de pétrole qui va demeurer élevé (entre 130 et 150 dollars), un marché automobile américain où les ventes tombent de 16 millions de véhicules l'an dernier à 14 millions cette année et l’an prochain. GM calcule aussi que sa part de marché va chuter de 23,8 % l'an dernier à 21 % pour 2008. Même dans ces conditions, et avec au deuxième trimestre des pertes qualifiées de « significatives », le grand patron de GM Rick Wagoner estime que son plan sera de nature à assurer au groupe une position financière solide jusqu'à la fin de l'année prochaine. Pour démontrer son sérieux, Rick Wagoner s’est même attaqué aux actionnaires en supprimant le dividende, une triste façon de célébrer, cette année, le centenaire du groupe.
GM devra se sortir tout seul de ce dernier mauvais pas, car les banques ont fermé le robinet, après avoir essuyé de lourde perte. Il y a aussi un autre facteur, une fois que GM présentera tous les nouveaux produits dont il parle d’ici deux ans, il faudra convaincre la population d’en faire l’achat, une tâche monumentale, car tous les constructeurs automobiles passent au vert et la bataille sera très difficile. GM ne fera pas faillite, mais ne représentera plus le géant d’antan.
Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2008. Il anime également l’émission En Voiture tous les Samedis à 16 :00 sur les ondes du 98,5 FM de Montréal et le réseau Corus Québec ou via internet au www.985fm.ca

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