L’ancien manoir seigneurial a servi d’asile entre 1845 et 1850. En arrière plan, le cap Diamant et la baie de Beauport, vers 1875. (Archives de la SAHB, collection ville de Québec)
Robert Giffard de Moncel : un des pères fondateurs de Québec
Un brin d'histoire avec la Société d'art et d'histoire de Beauport
Apothicaire originaire du Perche, Robert Giffard de Moncel, né vers 1587, peut à juste titre se réclamer comme l’un des pères fondateurs de Québec.
Un premier séjour en Nouvelle-France
Il s’embarque pour Québec comme chirurgien de marine en 1621. On ignore tout de son premier séjour en Nouvelle-France, sauf qu’à Paris, le 24 mars 1627, il déclare « conoistre le pays de la Nouvelle France pour y estre allé, y avoir séjourné sans intermission cinq ou six ans et scavoir que le dit pays, en le seul fleuve de Saint-Laurent, peult rendre et supporter quinze mil castors ».
Un retour manqué
Peu après son mariage à Mortagne, en 1628, avec Marie Renouard, Giffard s’embarque de nouveau pour la Nouvelle-France. À Tadoussac, le navire à bord duquel il voyage est intercepté par des pirates à la solde de l’ennemi. Giffard est fait prisonnier et dépouillé de ses biens. Il parvient cependant à regagner la France et garde l’intention de revenir à Québec.
Seigneur de Beauport
En janvier 1634, la Compagnie des Cent-Associés lui concède la seigneurie de Beauport, entre les rivières Beauport et Montmorency. Giffard recrute immédiatement ses premiers censitaires et colons. Pierre Le Bouyer de Saint-Gervais, lieutenant criminel au bailliage de Mortagne, lui prête 1 800 livres pour réaliser l’implantation. Une trentaine de colons sont d’accord pour partir au printemps, dont Jean Guyon Du Buisson, maître maçon, et Zacharie Cloutier, maître charpentier, avec leurs deux fils. Giffard arrive avec le premier navire le 4 juin. Il était temps! Huit jours plus tard, Marie Renouard, qui l’accompagnait, met au monde une petite fille prénommée Marie-Françoise.
Giffard entreprend la construction de son manoir près de la rivière Beauport en 1637. Le domaine seigneurial comprend plusieurs dépendances dont un moulin à eau. Giffard a également une résidence à Québec, près du fort Saint-Louis. Vers 1660, toutes les terres côtières de la seigneurie de Beauport sont concédées. Tel qu’entendu par contrats, les arrière-fiefs du Buisson et de la Clousterie sont accordés à ses premiers compagnons. À l’occasion du mariage de ses filles, Giffard remet aux nouveaux mariés les arrière-fiefs Beaumarchais (Louise Giffard et Charles Lauson), La Ferté (Marie Giffard et Jean Juchereau de La Ferté) et Le Chesnay (Marie-Thérèse Giffard et Nicolas Juchereau de Saint-Denys).
Fondateur du bourg du Fargy
Entre le domaine seigneurial et l’arrière-fief du Buisson, Giffard délimite un bourg nommé le Fargy (composé en inversant les deux syllabes de son nom). À l’origine, le bourg est constitué de terres communales et d’une vingtaine de lots mesurant un arpent de front sur dix. Il est traversé par le chemin de Beauport (avenue Royale) et, en direction nord, par la rue des Bourgs (rue Seigneuriale). L’actuelle avenue des Cascades constitue la limite nord du bourg. Un emplacement pour l’église paroissiale est réservé sur la terre communale, destinée au pâturage, qui s’étend au sud, jusqu’au bord de l’escarpement.
Médecin de l’Hôtel-Dieu de Québec
Ses charges seigneuriales n’empêchent pas Robert Giffard de devenir le premier médecin de l’Hôtel-Dieu de Québec en 1640. Il reçoit le titre honorifique de « médecin ordinaire du roi » en 1647. La même année, la seigneurie Saint-Gabriel, à l’ouest de Québec, lui est concédée en récompense de ses nombreux services. Il en donne une partie aux Augustines de l’Hôtel-Dieu, pour servir de dot à sa fille Marie-Françoise, qui devient la première religieuse de la communauté née au Canada. En 1652, la seigneurie est appelée Saint-Ignace, du nom choisi par Marie-Françoise Giffard lors de sa prise d’habit.
Présent dans tous les milieux
Giffard rend de nombreux services à la colonie. En 1637, près de Trois-Rivières, il risque sa vie en repoussant une attaque iroquoise. Il devient marguillier de la paroisse de Québec en 1645. Le 6 mars de la même année, il adhère à la Communauté des Habitants, une société dont tous les associés ont droit de traite, et affrète à son compte un petit navire. En 1648, il est nommé au Conseil de Québec. En 1658, il obtient, pour lui et ses descendants en ligne directe, les premières lettres de noblesse accordées à un résident du Canada par Louis XIV. Robert Giffard s’éteint dans son manoir, à Beauport, le 14 avril 1668. Ses funérailles ont lieu en présence de Mgr de Laval.
Un nom reconnu au-delà de la seigneurie de Beauport
Sa renommée s’étend à l’agglomération située à l’ouest de sa seigneurie, nommée Giffard en son honneur. Son nom a également été donné à un centre hospitalier en souvenir du premier asile ouvert par le docteur James Douglas dans l’ancien manoir seigneurial.
* (Denyse Légaré, Ph. D., historienne, en collaboration avec la SAHB)