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La faute des médias

Article mis en ligne le 17 juin 2008 à 5:30
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La faute des médias
Faute avouée est à demi pardonnée me disait ma mère, pour me faire avouer de nombreux mauvais coups qui ont parsemé mon heureuse enfance. Prudent, je préférais refiler cette responsabilité à ma sœur aînée, en me disant que je n’aurais qu’à me confesser le dimanche suivant pour régler mon problème de conscience.
La majorité des personnages publics utilisent le même stratagème à la seule différence près que, pour eux, les médias ont remplacé ma grande sœur comme bouc émissaire. En fait, si on acceptait leurs arguments, les médias seraient les grands responsables de tous leurs malheurs, soit parce qu’ils n’ont pas compris «le sens véritable de leurs paroles» et les ont donc mal citées, soit parce que lesdits médias n’ont pas compris les «enjeux sous-jacents à la problématique» et que, de ce fait, ils ont évidemment négligé de leur donner raison.

La récente actualité témoigne de cette situation. Ainsi, «l’affaire Julie Couillard» n’était, selon les principaux acteurs, qu’une intrusion des médias dans la vie privée d’un homme public et témoignait de l’absolu voyeurisme des «méchants médias», qui s’intéressent davantage à la vie privée des politiciens qu’à leur immense sensibilité aux causes pouvant faciliter leur réélection! Pourtant, grâce aux enquêtes des journalistes, ce qui était prétendument une simple histoire de couchette s’est révélé être une tentative de corruption à de hauts niveaux gouvernementaux. Heureusement que les médias ne se sont pas empêchés d’enquêter sous prétexte que les joyeuses galipettes de nos politiciens relevaient de leur vie privée et ne devraient pas faire l’objet d’un débat public.

Plus près de nous, les cols blancs de la ville de Québec préfèrent accuser l’animateur Sylvain Bouchard du 93,3 d’être le grand responsable de tous leurs malheurs, plutôt que d’examiner leur propre responsabilité dans le ras-le-bol des citoyens. Peut-être voudront-ils m’accuser à mon tour de partisanerie puisque je suis un collaborateur du 93,3. Cela ne fera que démontrer, une fois de plus, qu’il leur est plus facile d’accuser les autres que d’admettre leurs torts. Ainsi, le président du syndicat des cols blancs déclarait que la conciliation demandée par la Ville serait de courte durée (moins d’une minute) si cette dernière maintenait ses positions de négociation. Pourtant, du même souffle, lors de la même intervention publique, M. Gagnon réitérait avec aplomb la ferme position du syndicat en ce qui a trait au maintien intégral de leurs conditions de travail! Bien sûr, si nous osons lui souligner cette contradiction, M. Gagnon pourra toujours prétendre que les médias ne l’ont pas compris ou, pis encore, qu’ils ont un parti pris favorable à la Ville.

Il y a plus de 30 ans que j’œuvre dans le monde journalistique. Au cours de ces années, j’ai vu plus de dérapages chez les acteurs de la vie publique que chez les médias. Quoiqu’on en dise, jamais le pseudo journalisme citoyen ne pourra remplacer le journalisme d’enquête et la rigueur dont font preuve la très grande majorité des professionnels de l’information. Plus que jamais nous avons besoin de ces chiens de garde de la démocratie.

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