Véritable leadership recherché
Le jeudi 29 mai, le commissaire fédéral aux langues officielles, Graham Fraser, déposait son rapport annuel au Parlement. Sans complaisance, M. Fraser constatait alors le leadership «hésitant et incertain» du gouvernement Harper en matière de langues officielles.
Faisant état de la difficulté, pour les francophones, de travailler dans leur langue au sein de la fonction publique canadienne hors Québec, le commissaire attribuait cette situation à l’absence réelle de volonté politique du gouvernement Harper. M. Fraser reprochait également au gouvernement conservateur de retarder la mise en place du Plan d’action sur les langues officielles, malgré le fait que toutes les études aient été faites.
«Depuis plusieurs mois, la ministre Verner et le premier ministre Harper ont en main le rapport sur les consultations entreprises sur le sujet, mais ils n’ont encore annoncé aucune mesure concrète. En fait, on se croirait dans une pièce de Samuel Beckett, qui pourrait s’intituler En attendant le Plan d’action», a-t-il dit. Par ailleurs, M. Fraser a également souligné qu’il est indispensable que les juges de la Cour suprême du Canada soient bilingues. «Remplacer l’honorable juge Bastarache à la Cour Suprême du Canada par un autre juge bilingue est un parfait exemple du leadership nécessaire», a-t-il affirmé.
Or, vendredi dernier, Josée Verner, députée de Louis-Saint-Laurent et ministre des Langues officielles, refusait de dire à la Presse canadienne si elle favorisait la nomination d’un juge bilingue à la Cour Suprême. Elle s’est plutôt défilée en évoquant qu’elle préférait ne pas intervenir dans le choix du magistrat. «Je vais laisser le processus en cours se suivre», a-t-elle préféré déclarer dans un français approximatif. Il est décevant de constater qu’une Québécoise, ministre responsable des Langues officielles du Canada, n’ose pas se prononcer et favoriser la nomination d’un ou une juge bilingue. Cette position fait pourtant l’unanimité, tant chez les partis d’opposition à la Chambre des communes que chez les trois partis représentés à l’Assemblée nationale du Québec.
Ce n’est pas la première fois que Mme Verner n’ose pas. Ainsi, encore en fin de semaine dernière, elle démontrait son incapacité à prendre véritablement charge du dossier du Manège militaire. Déjà incapable d’influencer la décision de le reconstruire ou de mettre en valeur ses ruines, elle a même dû se résigner à affirmer que le gouvernement fédéral veut nettoyer le site pour l’été sans pour autant pouvoir en donner la date. «Je ne suis pas capable de donner une date parce que je ne suis pas allée sur le site récemment», s’est-elle limitée à répondre à Pierre-André Normandin, journaliste au Soleil.
Plusieurs s’interrogent déjà à Québec sur le poids politique réel de nos élus régionaux au sein du gouvernement fédéral actuel. On peut toujours accepter que des députés d’arrière-bans se tiennent à carreau. Cela est toutefois inacceptable pour une ministre interpellée sur des sujets concernant ses responsabilités directes, ou encore l’intérêt immédiat des citoyens de la région. Mme Verner devrait assumer plus de leadership dans ses dossiers et faire preuve de plus d’indépendance et de force de caractère face à son chef et son parti.