Commission Bouchard-Taylor : acte d'humilité pour la majorité
Les Québécois qui se croyaient plutôt gentils et ouverts d'avoir accueilli plusieurs vagues d'immigration, au fil des décennies de lutte pour la survie de leur société francophone sur un continent anglophone, ont davantage l'impression de s'être fait semoncer par la commission Bouchard-Taylor. Nombreux sont ceux qui saisissent mal les recommandations du rapport récemment déposé et qui les invitent globalement à «adopter une nouvelle identité et une culture fédératrice issue des interactions ethnoculturelles».
Pour certains, c'est comme alléguer que la majorité a tort. Il faut dire qu'il y a de quoi s'interroger lorsqu'on évoque que «les Québécois ne doivent plus se voir comme les détenteurs de la culture de référence». On a beau être favorable à «l'interculturalisme» et à ses apports qui bonifient le tissu social, reste que le sentiment de se faire déposséder de son identité fondatrice peut déplaire. Surtout lorsque l'impression générale voulait que la commission Bouchard-Taylor clarifie les choses, afin d'instaurer des balises pour définir un Québec qui soit inclusif sans être constamment miné par les caprices de certains nouveaux arrivants. On croyait à tort que ceux-ci avaient simplement besoin de mieux nous connaître pour s'intégrer.
Il n'est pas plus rassurant d'entendre certains experts analyser le rapport et noter que le document ne préconise pas l'adhésion des immigrants à la culture de la majorité. Il n'en faut pas davantage pour que les plus «pures laines» déplorent que l'exercice au terme d'une vaste tournée de consultation provinciale soit non seulement un échec, mais inutile. Certes, la société doit être vue comme un lieu de rencontre dans laquelle les cultures interagissent sans hiérarchie. Il faut tout de même qu'il y existe un fondement de définition identitaire, pour établir la base des rapports entre les individus.
Prétendre, comme le font les commissaires Bouchard et Taylor, qu'une société est un territoire d'échanges et de rapports égalitaires dans lequel il ne peut y avoir de culture de référence semble ouvrir la porte au laisser-faire, à la prédominance de l'individualisme, voire à l'anarchie. Bref, on pave la voie à une nouvelle identité québécoise, comme s'il n'en existait pas déjà une et qu'on ne voulait froisser personne en la définissant. D'aucuns moins philosophes diraient : «c'est comme ça que ça fonctionne ici et ceux qui ne sont pas contents, on ne les retient pas de force. Point final!» Il doit y avoir moyen d'être plus modéré. Quand on réclame la liberté, c'est pour tous.
Probablement que la grande gagnante dans tout ce processus encore difficile à saisir, bien qu'il soit louable pour la réflexion qu'il suscite, ce sera l'idée de rédiger une constitution québécoise. Déçus, tant l'ADQ de Mario Dumont que le PQ de Pauline Marois y adhèrent. Le PLQ de Jean Charest n'est pas contre, mais ne voit pas d'urgence. Sur la base d'une société dite laïque, il serait sans doute approprié d'y inscrire clairement que la religion se pratique soit à la maison soit dans des lieux de cultes désignés. Ainsi, on évitera tout irritant en public, à l'école comme à la cabane à sucre. Pour le reste, comme les commissaires, il faut faire confiance aux concitoyens qui voudront vivre ensemble pour bâtir le Québec de demain…