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John R. Porter : record de longévité au Musée national des beaux-arts du Québec

Article mis en ligne le 2 juin 2008 à 5:45
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John R. Porter : record de longévité au Musée national des beaux-arts du Québec
John R. Porter, directeur général du Musée National des Beaux Arts de Québec. (Photo gracieuseté Patrick Altman)
John R. Porter : record de longévité au Musée national des beaux-arts du Québec
Cette semaine, je suis allé faire un tour au Musée national des beaux arts du Québec, à la veille de l'exposition «Le Louvre à Québec. J'y ai rencontré un homme charmant, dynamique et extrêmement sympathique. Impossible en quelques mots de transmettre tout son charisme. Voici donc l'essentiel de mon entretien avec le d.g. de l'institution, John R. Porter.
QH - Comment devient-on directeur général d’un musée aussi important au Québec?
John R. Porter - «Je voudrais tout d’abord spécifier que je suis originaire de Lévis, j’ai étudié en histoire de l’art, j’ai fait ma licence et ma maîtrise à l’Université Laval. Plusieurs années plus tard, j’ai fait mon doctorat à l’Université de Montréal. On pourrait dire aussi que j’ai fait ce que l’on appelle une double carrière à la fois dans les musées et à l’université. J’ai travaillé dans trois des plus grands musées d’art au pays. J’ai commencé avec la Galerie nationale du Canada, à l’âge de 23 ans en 1972. Ensuite, je me suis tourné vers l'Université Laval, où je suis devenu, après quelques années, professeur titulaire. Parallèlement à cela, j’ai dirigé un centre de recherches universitaire de 1986 à 1989. En 1990, j’ai obtenu le poste de conservateur en chef au Musée des beaux-arts de Montréal. C’est en 1993 que j’ai postulé au concours pour le poste de directeur général du musée ici à Québec et je l’ai obtenu. Aujourd’hui donc, j’aurai battu le record de longévité comme directeur général du MNBAQ. J’aurai présidé 15 des 75 ans de cette institution, puisque cette année nous célébrons son 75e anniversaire.»
QH - Pourriez-vous nous résumer ce qu’est «le job» d’un directeur de musée?
JRP - «Ce travail n’est pas ce que c’était il y a 20 ans. Aujourd'hui, c’est beaucoup plus lourd et exigeant, mais stimulant. Il faut savoir qu’aux États-Unis, actuellement, il y a 25 des postes de d.g. dans les 120 plus grands musées d’art qui sont à pourvoir et on n’y arrive pas! Pourquoi? Parce que, de nos jours, un directeur de musée doit être un spécialiste dans son domaine, qui connaît l’histoire de l’art et la muséologie. Deuxièmement, ce doit être un très bon gestionnaire et, maintenant, on exige une très grande polyvalence en matière de finance et de diplomatie, afin de gérer le côté politique de la fonction. Il faut avoir la capacité de communiquer, de développer notre marché et notre réseau international, etc. Ce travail devient extrêmement exigeant... Mais, surtout, il faut avoir une vision des choses dans tous les secteurs de l’emploi. Personnellement, je crois avoir bien réussi, surtout en raison du fait que je suis un gars d’équipe. Il n’y a rien qui se fait tout seul, c’est un travail collectif. Il ne faut jamais oublier que c’est d’abord une institution de services. Services aux artistes et services au public...»
QH - Peut-on vraiment dire que le MNBAQ est accessible au grand public?
JRP - «Pas mal plus qu’il l’était! Quand je suis arrivé ici, il y a 15 ans, la fréquentation annuelle était de l’ordre de 160 000 visiteurs. L’année dernière, elle tournait autour de 360 000 visiteurs. Quand nous avons rouvert en 1991, l’objectif à atteindre était de 200 000 visiteurs. Alors, de nos jours, quand on parle de la nécessité d’ouvrir davantage le musée, de l’agrandir et de le rendre plus accessible, c’est que justement le public s’est largement diversifié et a augmenté.»
QH - Il y a quelques années, vous avez mis en chantier un grand projet qui vous tenait particulièrement à cœur et qui se réalisera très bientôt. Parlez-nous du Louvre à Québec!
JRP - «En 2003, je voyais venir à grands pas l’année 2008. Avec l'expérience, j'ai développé mon côté planificateur. Je savais que cette année serait très importante pour nous. Comme tout le monde le sait, c’est le 400e de la ville de Québec, mais c’est aussi le 75e anniversaire du MNBAQ. Il fallait donc avoir quelque chose de spécial. Tout de suite, nous sommes alors en 2003, j’ai pensé à deux volets. D’abord, un volet d’enracinement : c’est pour cela qu’on a présenté la grande exposition "Québec, une ville et ses artistes", afin de célébrer la créativité à Québec. Nous avons des créateurs formidables et il nous fallait les mettre en lumière. En même temps, il nous fallait montrer que nous sommes dans une ville ouverte sur le monde. Je me suis alors tourné vers le plus grand musée du monde, le Louvre. Dès février 2003, j’avais en poche un accord de principe. De fils en aiguille avec mes collaborateurs, nous avons développé une exposition qui va tirer partie des huit départements du Louvre. C’est très rare de retrouver une exposition de ce genre dans le monde. C’est unique et c’est fait pour Québec. Ça n’ira pas ailleurs. Ainsi, nous démontrons que nous sommes à la fois fiers de nos racines, on rayonne avec nos artistes, et en même temps, nous sommes ouverts sur le monde et nous sommes capables d’accueillir des trésors de l’humanité et de bien les servir. Enfin, cette exposition aura une durée exceptionnelle, soit du 4 juin au 26 octobre.»
QH - Ce sera votre dernière grande exposition à titre de directeur général du MNBAQ, que ressentez-vous?
JRP - «C’est pour moi un grand moment! C’est vraiment spécial. J’aurai contribué à ce qu’une partie du plus grand musée du monde puisse être vu par les Québécois dans leur propre ville. C’est le fruit d’un travail collectif des deux côtés de l’Atlantique et ça correspond à ma vision d’un grand musée pour une grande ville.»
QH - Je dois m’arrêter ici, mais je peux vous dire que j’ai rencontré un homme vraiment passionné. Son dernier message est clair et se lit comme une invitation : «Appropriez-vous votre musée. Ça vous appartient, vous en êtes les propriétaires. Le MNBAQ demeure l'un des plus beaux segments du patrimoine collectif de la ville de Québec. Et, n'oubliez pas que l'art, c'est fait pour mettre de la couleur dans la vie!»

* (Collaboration spéciale Jean-Marc Pageau)

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