Articles à vendre | Vente aux enchères | Appel d'offres | Emplois | Circulaires | Nos Hebdos | Interurbain | Rencontre en ligne | Weblocal
Québec Hebdo
Envoyer ce texte à un ami Imprimer cette page Réagissez à cet article

La devise «Je me souviens» (5 de 5) : les intentions de Taché

Un brin d'histoire avec la Société historique de Québec

Article mis en ligne le 25 mai 2008 à 15:00
Soyez le premier à commenter cet article
La devise «Je me souviens» (5 de 5) : les intentions de Taché
Les armoiries et la devise.
La devise «Je me souviens» (5 de 5) : les intentions de Taché
Un brin d'histoire avec la Société historique de Québec
Il ne fait aucun doute que «Je me souviens» et «Née dans les lis, je grandis dans les roses» sont deux devises distinctes, et personne n’a fourni la moindre preuve sérieuse que Taché les aurait jointes, de son vivant, pour en faire une seule. Pourquoi, d’ailleurs, l’aurait-il fait? Ce présumé poème serait une injure au bon goût de cet homme instruit et cultivé. Ce n’est pas, d’un point de vue formel, le genre de poésie que Taché aurait produit à cette époque. Son «Née dans le lis…» est une belle trouvaille, complète en elle-même, qui existe parfaitement sans le «Je me souviens» qu’on lui accole. Cet homme était un héraldiste accompli qui savait qu’on ne peut concevoir des armoiries avec une devise de douze mots.
À quel moment, alors, ces deux devises ont-elles été accolées? Et, pourquoi la présumée «devise complète» et ce «poème d’origine inconnue» ont-ils resurgi depuis une vingtaine d’années, et particulièrement au milieu des années 1990? C’est un mystère. Il manque un chaînon, mais on peut aisément déceler un fil conducteur, de McCord à Colombo : un «Je me souviens» suivi de «Né sous le lys…» ou tiré du mythique poème dont personne ne trouve (évidemment) la trace constitue une séduisante hypothèse. McCord aurait préféré que la devise du Québec soit «Née dans les lis…» au nom de l’unité nationale. Croyant découvrir, près d’un siècle plus tard, l’origine du «Je me souviens», Godfrey y voit «a motto we can all enjoy». Colombo (1994) y voit un appel à la coexistence. Ajoutons William D. Gairdner, auteur de Constitutional Crack-up (1994), pour qui le «poème» rappelle «the peacefull blending of peoples in early Canada».

Et, si Taché avait expliqué sa devise? Peut-on penser qu’il n’en a jamais senti le besoin? Le message qu’il voulait transmettre est trop simple quand on sait dans quelles circonstances cette devise a été créée, ce que plusieurs ont oublié. Taché a tout de même laissé un texte qui laisse paraître son intention. Il s’agit d'une lettre adressée au sous-ministre Siméon Lesage, le 9 avril 1883, en réponse au mémoire de Napoléon Bourassa sur la décoration de l'hôtel du parlement. Dans cette lettre, qui n’a jamais été publiée précédemment, Taché explique comment il veut faire de la façade un véritable Panthéon.

Il propose de dédier «le campanile et les avant-corps qui le flanquent [...] aux trois grandes personnalités qui s'identifient avec l'origine de notre histoire» : Jacques Cartier, Champlain, et Maisonneuve ; d’accorder ensuite une large place aux «hommes les plus marquants de nos annales religieuses : Laval, [Brébeuf], Marquette et Olier»; de réserver les niches du premier étage aux «grands capitaines : Frontenac, Wolfe, Montcalm et Lévis» et une des niches du rez-de-chaussée à Lord Elgin, «dont la mémoire sera toujours vivante au milieu de nous». Enfin, une place prépondérante est accordée, devant l’entrée principale, aux «nations sauvages, la plupart disparues de cette terre que nous habitons, autrefois leur domaine». Présumant que les générations futures voudraient «payer leur tribut de reconnaissance à ceux des hommes de notre siècle, qui ont le plus contribué au bonheur et à la grandeur de notre pays», Taché prévoit huit piédestaux, «lesquels, avec la niche correspondante à celle vouée à Lord Elgin, qui n'a pas encore de destination, pourront être remplis par une autre génération avec beaucoup plus de justice, de discernement et avec moins de parti pris que nous ne le saurions faire aujourd'hui». En plus des statues, Taché propose de faire sculpter dans la façade «les armes des principaux gouverneurs du régime français», celles «des gouverneurs anglais les plus sympathiques à notre nationalité : Murray, Dorchester, Prevost et Bagot», ainsi que les noms de plusieurs autres personnages de la Nouvelle-France : Iberville, Joliette, LaSalle, Boucher, Nicolet, Beaujeu, Hertel et Lavérendry. «Telle est, conclut-il (et nous soulignons), cette partie de l'ensemble des souvenirs que je veux évoquer, tout en laissant à nos descendants l'occasion et le soin de le compléter.» Ce passage laisse-t-il des doutes sur le sens de la devise qu’il avait inscrite sur les plans approuvés un mois plus tôt? C’est parce qu’on ignore ou qu’on oublie dans quelles circonstances précises la devise a été conçue qu’on se pose encore des questions sur sa signification.
Le devoir de mémoire
Ce texte de Taché contient plusieurs «nous», et, lorsqu’il mentionne «les gouverneurs anglais les plus sympathiques à notre nationalité», on comprend que ce «nous» fait référence aux Québécois de souche française.
On ne peut cependant attribuer à un esprit nationaliste étroit une décoration qui place Wolfe et Montcalm côte à côte, exactement au-dessus du «Je me souviens» (ce qui règle le cas de la connotation revancharde qu’on lui associe parfois), ni l’hommage fait aux Amérindiens (un cas unique dans les édifices parlementaires canadiens), ni l’appel fait à «une autre génération», qui a répondu en installant plusieurs personnages du Régime français sur les piédestaux vacants, mais aussi l’homme politique haut-canadien Robert Baldwin (une situation qui n’a sûrement pas d’équivalent à Queen’s Park), et, plus récemment, des Lesage et des Godbout aux côtés des Mercier, Duplessis et Lévesque.

Le «Je me souviens» doit-il avoir un complément précis? En a-t-il déjà eu un, même dans l’esprit de Taché? En créant cette devise, Taché n’a-t-il pas tout simplement résumé ce qu’il a suggéré d’inscrire dans la pierre, le bois et le bronze, tout en laissant les générations futures continuer son projet? En ce sens, la devise du Québec est remarquablement ouverte et ne comporte pas de jugement de valeur (contrairement à l’autre devise où plusieurs ont vu les bienfaits de la Conquête). C’est une invitation à se souvenir, que chacun peut interpréter à sa guise en toute liberté, ou, comme l’écrivait récemment le journaliste Antoine Robitaille, «une forte apologie de la mémoire qui se maintient au cœur de l’espace public.»

* (Collaboration spéciale Gaston Deschênes, historien)
Cette chronique est une gracieuseté de la Société historique de Québec. Vous avez apprécié? Pour en savoir plus, visitez le site Internet: www.societehistoriquedequebec.qc.ca

Ces articles pourraient également vous intéresser

Vos commentaires

Nom complet:
(requis)


Adresse courriel:


Vos commentaires :
(requis)


Svp inscrire le mot affiché ci-dessus Impossible de lire le mot?

Svp inscrire le mot affiché ci-dessus:


Chez nos voisins


La question du net

  • «Participerez-vous aux activités entourant la présentation à Québec de la finale de la Coupe Vanier?»
  • Oui
  • Non