- 30 - la fin d'une passion
Rarement le symbole utilisé plus haut se retrouve en titre d’un article. Traditionnellement dans notre profession, il indique la conclusion, la fin d’un papier. Ce symbole est utilisé depuis des années. La rumeur veut qu’au début du siècle, un journaliste de Détroit se soit écroulé, mort, sur le clavier de sa machine à écrire. En s’affaissant, ses doigts auraient bien involontairement tapé ce - 30 -. Depuis, il indique la fin du texte rédigé par le journaliste.
Aujourd’hui, il réfère plutôt à la fin d’une carrière. J’ai en effet indiqué à mes collègues que je quittais mes fonctions de directeur de l’information chez Médias Transcontinental Québec, société éditrice du Québec Hebdo. J’ai en effet accepté de me joindre à l’équipe de communicateurs du cabinet de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais. Ce faisant, je mets un terme à une association de cinq ans avec Transcontinental, une association qui m’a procuré beaucoup de plaisir et de satisfaction à travailler pour nos lecteurs de Québec. J’ai ainsi eu l’opportunité de travailler au sein d’une équipe de gens formidables, des gens de passion qui ont véritablement le cœur à l’ouvrage.
Depuis plus de 40 ans, j’œuvre dans le milieu des communications. Au moins 30 de ces années ont été consacrées à l’exercice du journalisme. Mon entrée au cabinet de Mme Blais, marque la fin de cet important volet de ma carrière. À l’heure des bilans, je dois admettre que j’ai bourlingué à une vitesse folle dans l’univers médiatique. J’ai eu le privilège d’entrer chez vous, dans votre intimité familiale, grâce à nos journaux de Québec, mais aussi par la télé et surtout la radio, où s’est déroulée la plus grande partie de ma carrière. À Québec, j’ai été un des rares à diriger la programmation de deux stations, CJRP et CHRC, après avoir fait mes débuts à CKCV à la fin des années 1960.
Ces années m’ont permis de côtoyer de grands communicateurs. Je pense particulièrement à François Baby, mon mentor, André Arthur, Gilles Proulx, Simon Bédard, Mathias Rioux, Claude Poirier et combien d’autres, dont ma nouvelle patronne, la ministre Marguerite Blais, avec qui j'ai partagé l’antenne de CJMS au milieu des années 1970. Ces années m’ont aussi amené à couvrir ou initier des événements marquant de l’histoire du Québec. Je songe notamment à l’émeute de la United Aircraft, l’enquête sur l’industrie de la construction et le rôle obscur d’André «Dédé» Desjardins, la Crise d’Oka, l’affaire Whilemny, la création du Prix Bolo, la Guerre du Golfe et, plus près de nous, l’extraordinaire histoire d’amitié entre l’ex-coroner Stanislas Déry et son ami allemand Peter Heisig, etc.
Ces années passées dans le milieu de l’information ont été pour moi plus excitantes que n’importe quelle drogue. Elles ont été, après mes enfants à qui je n’ai pas toujours consacré le temps nécessaire, mon intérêt à la vie. Au fond, c’est sans doute un cliché, rendu où j’en suis, mais mes lecteurs, mes auditeurs, auront été l’oxygène de ma carrière. Il s’est établi une complicité indescriptible entre nous et je vous en remercie du fond de mon cœur.
Le défi qui m’est proposé est emballant. Par un concours de circonstances, j’ai eu à diriger une résidence de personnes âgées pour y découvrir une richesse inestimable. Avec l’équipe ministérielle de Marguerite Blais, je pourrai m’investir dans le mieux-être de nos aînés, une cause qui va progressant au Québec et particulièrement à Québec, qui vient de joindre les rangs des «Villes amies des aînés».
C’est avec un pincement au cœur que je quitte cette profession. Mais, c’est avec enthousiasme que j’affronte ce nouveau défi. Au bout du compte, je suis réconforté par le sentiment unique que mes lecteurs, mes auditeurs seront fidèles au rendez-vous et sauront continuer à alimenter la complicité qui nous est chère.