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Réflexe autoritaire de la ministre de l'Éducation

Article mis en ligne le 18 mai 2008 à 12:30
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Réflexe autoritaire de la ministre de l'Éducation
Madame Courchesne, après avoir loué votre sensibilité au problème de la participation à la démocratie scolaire dans une lettre écrite le 26 février 2008, force est de constater que vous avez le réflexe autoritaire beaucoup plus développé, suite au dépôt du projet de loi 88. Je n'ai pas encore pris connaissance du texte du projet de loi, mais ce que rapportent les médias que j'ai consultés me désole et même me met en colère.

L'esprit de la réforme tient principalement à donner au corps enseignant une approche professionnel de leur pratique (et en conséquence une certaine autonomie), aux écoles une plus grande latitude de gestion et aux parents une place accrue aux instances décisionnelles scolaires (conseil d'établissement, organisme de participation des parents, comité de parents et postes de commissaires-parents). La mise en œuvre de telles mesures est exigeante et leur maintien un défi énorme. J'ai constaté, au long de mon implication à titre de parent, que nous prenons une mesure plus juste des carences démocratiques du monde scolaire en voyant la colossale absence des électeurs en général et des parents en particulier à l'intérieur des établissements d'enseignement. Et, comme je l'ai exprimé cet hiver, cette absence massive me paraît s'expliquer bien plus par l'ignorance chez l'électeur moyen que par son désintérêt.

Mme la ministre, comment pouvez-vous entretenir l'espoir d'instaurer « une vraie démocratie scolaire » si vous retirez aux conseils d'établissements la gestion de leur prétendus « bas de laine » pour la remettre au commissions scolaires? Les budgets dévolus aux écoles, et les surplus accumulés suites aux décisions prises par des parents et des membres du personnel qui sont tous des élus, sont débattus et orientés en vue de projets qui doivent se développer sur plusieurs années, comme la construction d'un parc-école ou l'aménagement de locaux à vocation particulière (studio multimédia ou autres). En plus, les directions d'école prévoient plusieurs années à l'avance, et avec l'accord du conseil d'établissement, la constitution de fonds pour l'acquisition de volumes et d'équipements en conformité avec la mise en place du renouveau pédagogique.

Durant mes trois années à titre d'élu au comité de parents de la Commission scolaire de la Capitale, les parents, représentants légitimes de leurs pairs, ont exprimé à chaque occasion leur crainte de voir les surplus des établissements se perdre dans le bilan de la commission scolaire et, à chaque fois, la direction générale confirmer que ces surplus restaient en propre à chaque établissement. Et vous proposez de forcer le versement de ces surplus au fonds consolidé de la commission scolaire tout en restant déterminée à établir les conditions pour que la démocratie scolaire permette « une vraie possibilité de défendre des enjeux ». Quelle remarquable foutaise!

Après le Forum sur la démocratie et la gouvernance des commissions scolaires, je pouvais espérer un véritable débat sur la démocratie scolaire. Malheureusement, comme le maire de Québec le fait avec la démocratie municipale, les décisions à courte vue et la pensée magique tiennent lieu de « réflexion ». Faudra-t-il attendre au autre titulaire à votre poste pour enfin voir le courage et la vision diriger le vaste ensemble de l'éducation au Québec? Vous nous proposez une réduction arbitraire du nombre d'élus au conseil des commissaires (en quoi cela réglera-t-il un quelconque problème???), l'ajout d'un commissaire-parent (mais cela ne compense aucunement la perte de notre pouvoir budgétaire au conseil d'établissement), et l'ajout de deux membres de la communauté. Dans ce dernier cas, je ne comprends pas en quoi ces deux nouveaux membres seront utiles d'autant qu'il sera probablement difficile de les combler. L'improvisation choquante et vide de sens des changements que vous proposez à l'appareil démocratique des commissions scolaires me fait craindre le pire en attendant la centaine d'amendements à la Loi sur les élections scolaires.

Plus largement, considérant la Loi constitutionnelle de 2007 incomplète et non adoptée au fédéral, considérant la Commission de la représentation électorale du Québec qui s'embourbe dans la définition de la nouvelle carte électorale faute d'avoir étudiée l'augmentation du nombre d'élus à l'Assemblée nationale, considérant l'unanimité des trois partis à l'Assemblée nationale pour accepter la réduction bêtement électoraliste du maire Labeaume de la représentation démocratique municipale à la Ville de Québec, considérant enfin vos propositions superficielles d'amélioration du fonctionnement démocratique du système scolaire, je suis très pessimiste pour la suite des choses au Canada et au Québec. En dramatisant un peu, le ratatinement de la vie démocratique nous donnera un système démocratique à « une piastre » qui, comme les bebelles chinoises des magasins à rabais, ne pourra se transmettre à nos descendants. Quel héritage préparons-nous alors que même le système scolaire devient un fourre-tout de mesures ponctuelles et limitées?
Raymond Côté, Québec; membre de la communauté au sein du conseil d'établissement de l'école primaire de la Grande-Hermine; parent élu au conseils d'établissement des écoles Saint-Pie X, Notre-Dame-de-Roc-Amadour (à titre de président) et Jean-de-Brébeuf entre 2002 et 2007; représentant au comité de parents de la Commission scolaire de la Capitale de 2004 à 2007 et président de 2005 à 2007; et candidat aux élections scolaire de l'automne 2007 dans la circonscription 11 – Lairet

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