Le modèle de gouvernance entrepreneuriale de Régis Labeaume trouve écho dans de nombreuses villes à travers le monde.- (Photo archives QUÉBEC HEBDO)
Les villes prennent un virage entrepreneurial
Miser sur l'innovation, attirer les investissements, rendre la ville compétitive au niveau mondial. Ces propositions sont au centre du nouveau discours des villes, que ce soit Toronto, Montréal ou Québec. Elles sont passées d'une forme de gouvernance managériale à une forme entrepreneuriale. Au-delà du style personnel, la différence fondamentale entre l'administration de la défunte mairesse Boucher et celle du maire Labeaume pourrait bien résider dans cette nouvelle conception du rôle d'une ville.
Prenant pour exemple les villes de Toronto et Montréal, Louis Gaudreau, étudiant au doctorat à l'UQAM, avance que, poussées par les exigences de la finance globale, ces villes se sont restructurées en délestant une partie de leurs pouvoirs en matière de développement à des organismes où le privé est fortement représenté.
Par conséquent, le mode de gouvernance est passé d'une forme managériale, où la planification est axée sur la fourniture de services, à une forme entrepreneuriale, où l'on tente plutôt de répondre aux exigences des investisseurs que l'on veut attirer.
Ainsi, Montréal a créé ces dernières années des partenariats public-privé avec des organismes comme Montréal International, le Quartier des spectacles, la Société du Havre de Montréal et la Conférence régionale des élus de Montréal. «Ces organismes se distinguent par l'importance qu'ils placent dans le positionnement stratégique de Montréal dans le monde, son global positioning», expliquait M. Gaudreau lors d'un colloque organisé en marge du congrès de l'ACFAS.
Ces partenaires prennent donc des décisions relatives au développement de la ville qui sont davantage motivées par la séduction des investisseurs que par la fourniture des services municipaux traditionnels. M. Gaudreau trace d'ailleurs un parallèle entre cette forme de gestion et celle des corporations où les décisions ont souvent plus à voir avec la réaction des investisseurs sur le marché des titres qu'avec la performance commerciale de l'entreprise. «Cette forme de gouvernance ne relève plus d'une notion de ce que devrait être une ville, mais plutôt d'une tentative d'aménager la ville en espace compétitif et attrayant pour les investissements financiers», précise M. Gaudreau.
Québec dans le même moule
Ce désir de se positionner avantageusement sur le marché international afin d'attirer les investissements trouve bien sûr écho à Québec. Et encore davantage depuis que Régis Labeaume a succédé à Andrée Boucher.
Si cette dernière plaçait la gestion municipale traditionnelle au coeur de son action, le maire Labeaume adopte un comportement beaucoup plus entrepreneurial. Il ne fait aucun secret de son désir de «vendre» la ville à l'étranger. En entrevue avec QUÉBEC HEBDO en mars dernier, il affirmait vouloir privilégier un modèle de développement misant sur l'innovation et la différenciation de la région face à la compétition mondiale.
S'il rompt avec une certaine conception du rôle d'une ville, Régis Labeaume se positionne dans un courant qui n'a rien d'inédit au niveau international.