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Le monstre administratif

Article mis en ligne le 13 mai 2008 à 5:05
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Le monstre administratif
Mon père m’a appris qu’il fallait «100 cennes noires» pour faire une piastre. «Quand tu vois une cenne par terre, tu te penches et tu la ramasses», me disait-il parce que «dans la vie, il n’y a pas de petits gains et ça prend toujours une cenne noire pour commencer ou pour finir une piastre.»
C’est probablement à cause de cette éducation en économie familiale que j’ai toujours eu beaucoup de difficultés à accepter une remarque comme celle faite par Richard Côté aux conseillers municipaux qui s’inquiétaient, en début de semaine, de voir la Ville créer un poste de coordonnateur des arrondissements. Et ce, malgré le gel d’embauche décrété au lendemain de l’élection de Régis Labeaume. Ce nouveau poste est doté d’une rémunération oscillant entre 107 000 $ et 129 000 $ et le conseiller de Vanier a déclaré que «100 000 $ sur un budget de 1 G$, ce n’est pas exagéré.»

Vice-président du comité exécutif, M. Côté est l’homme de confiance de M. Labeaume. Il est aussi le responsable du dossier des négociations de la Ville avec ses employés. Une telle déclaration de sa part est donc particulièrement importante. Si j’étais représentant syndical, je me ferais un malin plaisir de m’en servir pour justifier une demande syndicale ou pour refuser une réduction de mes acquis. «Voyons donc, x $ sur un budget de 1 G$, ce n’est pas exagéré, parlez-en à M. Côté», serait une de mes phrases préférées à la table de négociation.

M. Côté n’est évidemment pas le seul élu à tenir de tels propos. Combien de fois avons-nous entendu un politicien justifier une dépense gouvernementale en la comparant, selon le cas, avec le budget global d’un ministère, de la province ou du pays? C’est d’ailleurs cette façon de penser qui, à mon avis, est responsable de l’augmentation perpétuelle des dépenses de tout niveau de gouvernement.

Appliqué à la gestion de nos finances personnelles, ce même faux raisonnement nous permettrait de justifier chacune de nos dépenses par rapport à notre revenu total tout en oubliant, qu’au bout du compte, c’est le cumul de ces dépenses qui fait que notre budget est déficitaire ou équilibré. Les politiciens peuvent toujours décréter des augmentations de taxes pour s’en sortir. Contrairement à eux, nous ne pouvons augmenter nos revenus aussi facilement. Nous devons donc gérer notre budget globalement et non à la pièce, sinon la faillite nous guetterait. Il est grand temps que nos politiciens fassent de même.

Depuis son élection, le maire Labeaume craint les «monstres administratifs» («self feeding monsters» est son expression). La nécessité d’embaucher un coordonnateur aux arrondissements démontrerait-elle que ces monstres existent déjà et qu’ils s’engraissent à même nos taxes? Si oui, peut-être le maire devrait-il réévaluer la proposition du RMQ de ramener à quatre le nombre d’arrondissements. En plus de réduire davantage les dépenses actuelles de la Ville, cette alternative pourrait aussi permettre d’éviter de les augmenter de plus de 100 000 $ pour embaucher un coordonnateur! Comme dirait l’autre : «il n’y a pas de sottes économies, il n’y a que de sottes dépenses.»

* (Collaboration spéciale Jean-Claude L'Abbée)

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