Pour une ville plus citoyenne
La tenue d’une consultation publique sur les règlements d’urbanisme à Québec, particulièrement sur la question de l’affichage commercial, force la réflexion sur l’avenir de notre ville. Peu de gens d’affaires se sont présentés à ces audiences. C’est malheureux, car ce sont eux, au premier chef, qui auront à vivre avec la nouvelle réalité.
Depuis des années, on s’est affairé à aseptiser la ville. Avec le résultat que le «night life» est disparu du centre-ville. Hors les heures d’affaires traditionnelles, le Nouvo Saint-Roch peine à faire vivre l’imposante industrie de la restauration que sa revitalisation a engendrée. Hormis quelques commerces de produits touristiques, quelques boutiques et quelques restaurants, le Vieux-Québec est déserté après 18 h, presque totalement en soirée. Il fut pourtant une époque où les deux centres-villes (rue Saint-Joseph et rue Saint-Jean) rivalisaient d’ingéniosité pour animer leur secteur en dehors des heures normales de fréquentation. L’attrait de la banlieue s’est fait valoir au tournant des années 1970 sans que l’on puisse réagir pour rétablir l’équilibre.
La revitalisation de Saint-Roch doit se compléter par le développement d’activités nocturnes, n’en déplaise à ceux qui songent à importer le modèle des banlieues cossues dans le centre-ville. Un centre-ville doit être vivant, animé, attractif, bruyant même. Les boîtes de nuit doivent voisiner les théâtres et les cafés. L’offre doit aussi inclure des activités cinématographiques autres que celles qui sont concentrées en un lieu défraîchi. Avec une population régionale de plus de 700 000 personnes à laquelle s’ajoute une vaste clientèle de congressistes ou de visiteurs d’agrément, Québec est en mesure de soutenir cet audacieux développement.
Par ailleurs, l’affichage commercial doit continuer à éclairer la ville. Certes, on ne parle pas ici d’affichage sauvage. Le centre-ville n’est pas un boulevard urbain. Les contraintes d’affichage ne doivent pas être les mêmes. Time Square à New York, Bourbon Street à la Nouvelle-Orléans, le boulevard Taschereau à Brossard ou l’européen Vieux-Québec n’ont rien en commun et nécessitent chacun une politique d’affichage qui leur est propre. Interdire tout et partout n’est pas la solution. L’affichage tout comme l’éclairage doivent se marier au paysage urbain et à l’animation de ses quartiers.
Les gens d’affaires ratent une belle opportunité de faire valoir leur point de vue sur la question en ne se présentant pas aux audiences publiques. Qu’ils partagent ou non l’opinion émise ici, ils ont tort de laisser quelques fonctionnaires ou politiciens dicter leur vision, par une décision qui, éventuellement, pourrait freiner leur activité.
Le processus démocratique est quelquefois lent, fastidieux et pénible. Néanmoins, c’est le seul exercice qui permet à la population et à sa communauté d’affaires de faire connaître à nos dirigeants dans quel environnement nous désirons évoluer. Aux quatre ans, il est possible de châtier certains politiciens qui auront adopté des mesures malheureuses. Toutefois, le mal aura été fait et on devra vivre avec pour des années. Qu’on parle du développement du centre-ville, de l’éclairage, de l’affichage ou des espaces verts, il appartient à la population d’imposer sa vision. Sûrement pas à quelques fonctionnaires retranchés dans leurs officines. Au fond, nous aurons la ville que nous voulons.