«Les dirigeants de Crocs ont tout fait pour culbuter dans ce dossier-là», affirme le spécialiste en gestion de crise Richard Thibault.
Un exemple de tout ce qu'il ne faut pas faire
Richard Thibault commente la stratégie de communications de Crocs
La stratégie de relations publiques des dirigeants de Crocs lors de l'annonce de la fermeture de l'usine de Québec est un bel exemple de tout ce qu'il ne faut pas faire en pareilles circonstances, affirme le spécialiste en communications, Richard Thibault. «J'espère que cette crise, qui va certainement laisser des stigmates dans la région, va servir de leçon à d'autres entreprises qui auront à traverser des tempêtes semblables.»
«On dit souvent que la crise la mieux gérée est celle qu'on arrive à éviter, explique Richard Thibault, qui a agi comme conseiller auprès de plusieurs politiciens et organisations d'importance. Dans le cas de Crocs, force est de constater que les dirigeants de l'entreprise n'ont pas du travailler très fort pour l'éviter.»
Ce dernier a noté de nombreuses lacunes dans la gestion des événements par Crocs. En fait, il estime que toutes les erreurs qui pouvaient être faites l'ont été.
«La plus belle preuve que ça a été mal géré c'est qu'au lendemain de l'annonce, l'action de Crocs perdait 40% de sa valeur, explique le spécialiste. C'est clair que quelqu'un quelque part a mal fait ses devoirs. Des entreprises qui devront fermer leurs portes ou mettre des employés à pied il y en aura sûrement d'autres, mais c'est une situation qui se prépare.»
La première erreur, selon Richard Thibault, a été de tenir les différents partenaires dans l'ignorance totale, que ce soit les employés, les actionnaires, les fournisseurs ou les autorités locales. «Les premiers partenaires ce sont les travailleurs et le plan de match de Crocs aurait minimalement dû comprendre une stratégie de communication avec eux au lieu de leur annoncer la nouvelle bêtement sans aucune préparation, soutient-il. Leur approche avec leurs employés est totalement injustifiable.»
Selon lui, de meilleures communications avec les autorités locales auraient aussi pu éviter des sorties comme celle du ministre Raymond Bachand qui, la poussière à peine retombée, parlait de «capitalisme sauvage». «Ou bien l'entreprise se fout totalement des impacts de cette fermeture à Québec, ce dont je doute, ou bien ses dirigeants ne savent absolument pas comment gérer de telles situations.»
Richard Thibault refuse de blâmer la fondatrice de Crocs, Marie-Claude De Billy, qui n'a pas voulu commenter les événements. «C'est clair qu'elle a les deux mains attachées en arrière du dos et qu'elle ne peut rien dire, dit-il. Elle subit elle aussi les dommages collatéraux de cette crise. Elle est une victime au même titre que les autres.»
Le spécialiste croit aussi que, dans les circonstances, le maire Régis Labeaume a bien réagi. «Il savait très bien qu'il ne pouvait pas faire grand-chose pour leur faire changer d'idée, dit-il. Il avait à s'indigner et il l'a fait, mais il n'avait pas à s'interposer comme négociateur dans ce dossier.»
Richard Thibault se réjouit évidemment des efforts en cours pour trouver une nouvelle vocation à l'usine de la rue des Tanneurs et ainsi sauver une partie des 669 emplois en cause.
«C'était un fleuron de la ville de Québec et un élément de fierté, soutient-il. Je ne sais pas trop avec ce qui vient de se passer et quel sort les gens vont réserver à leurs sandales Crocs au cours des prochains mois.»