Dénoncer son agresseur pour sortir de sa prison
Dossier : Aide aux victimes d'actes criminels
Ils sont des centaines – voire des milliers – à terrer au fond de leur être de terribles souvenirs. Une parcelle seulement de ces victimes d’actes criminels osent dénoncer leur agresseur, parfois même au péril de leur vie. Martine Ayotte, 46 ans, a attendu plus de 20 ans avant de faire le grand saut : dénoncer son propre père.
La décision n’a pas été facile. Mais le choix s’avérait nécessaire. Inconsciemment, Mme Ayotte noyait sa peine et ses affreux souvenirs dans le boulot, accumulant tâche par-dessus tâche. «Je revoyais toujours mes agressions, relate-t-elle. Les odeurs, les couleurs, les lieux revenaient sans cesse dans ma mémoire. J’essayais tant bien que mal de faire disparaître ces images dans le travail. Jusqu’au jour où je me suis rendue malade à force de travailler. Je me suis retrouvée alitée, incapable de subvenir à mes propres besoins.»
Pour guérir la plaie à la source, Mme Ayotte n’a eu guère d’autres choix que celui de dénoncer celui qui, pendant 18 ans, l’a agressée alors qu’elle n’était qu’une enfant. «C’est une procédure judiciaire très longue et ardue, précise-t-elle. Ça l’a pris deux ans avant d’aboutir. Et c’est certain que j’ai vécu beaucoup d’angoisse.»
Car témoigner contre un membre de la famille n’est pas chose facile. «Il avait tissé sa toile. Il disait que j’étais une menteuse, une manipulatrice, et que je jouais à la comédie. Ce fut extrêmement difficile et douloureux.» La famille de Mme Ayotte a d’ailleurs témoigné en faveur de l’agresseur lors du procès. «Je ne suis pas en mesure de les juger, plaide-t-elle. Moi, ça m’a pris 20 ans à accepter de dire ce qui s’était passé.»
L’agresseur a finalement été reconnu coupable et purge actuellement sa peine de sept ans en prison. Même si les procédures se sont avérées difficiles, Mme Ayotte ne regrette aucunement sa décision. «Je voulais avoir l’occasion de dire : je m’en souviens. J’ai réalisé, lorsqu’il est entré en prison, que je sortais de la mienne. Dans un procès, une victime d’acte criminel ne peut que récupérer en partie ce que l’agresseur lui a pris. J’ai réussi à ramasser certains morceaux et je ne sais pas encore ce que je vais faire avec ces derniers.»
CAVAC
Martine Ayotte a fait appel aux services d’aide du CAVAC lorsqu’elle a pris la décision de poursuivre son père. «J’ai été étonnée de ce qu’ils pouvaient faire, souligne-t-elle. Ils étaient présents et m’ont accompagnée tout au long des procédures. J’ai également eu un suivi psychosocial. Ils ont réellement soutenu ma famille et protégé mes enfants.»