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Lettre à Lucien Rémillard et fils

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Article mis en ligne le 25 avril 2008 à 9:30
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Lettre à Lucien Rémillard et fils
Messieurs, hier vous étiez des héros, aujourd’hui vous êtes des zéros. De sauveteurs vous êtes devenus fossoyeurs. Il est vrai que vos origines d’affaires reposent davantage sur les sites d’enfouissement sanitaires que sur les communications humaines.

Sachez cependant que, dans notre milieu, tout est affaire de perception. Le moins que l’on puisse dire c’est que la vôtre est plutôt diffuse. Pendant que vous lancez un véritable tsunami dans vos stations de télévision, vous demeurez tapis dans votre cossu bureau de la rue Saint-Paul et mandatez un ex-journaliste, Jean-François Lebrun, pour défendre l’indéfendable devant la presse et le grand public. C’est démontrer bien peu de respect pour l’industrie dans laquelle vous désirez vous implanter et pour la population qui est propriétaire des ondes hertziennes.

S’il est vrai que l’information n’est pas rentable, pourquoi vouloir vous porter acquéreur d’un média d’information (pléonasme vicieux mais néanmoins nécessaire). Sachez que dans un média généraliste, l’information est l’épine dorsale de l’entreprise. Elle en constitue l’âme, la signature, C’est sa personnalité propre. Votre plan de relance se révélera un peu plus tard un boulet à votre pied.

Si votre geste est légal en vertu de la Loi C-36 et du jugement de la Cour supérieure qui vous autorise à développer un plan d’arrangement avec vos créanciers, aux yeux de l’industrie il reste moralement questionnable tout au moins par rapport au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). Il est une règle non écrite qui fait que le nouvel acquéreur d’une station de radio ou de télévision ne bouscule pas sa future propriété tant que le CRTC n’autorisera pas la transaction, exercice qui se base sur un certain nombre de promesses de réalisations auxquelles il devra par la suite se conformer.

Au fond, vous apportez un remède de cheval à un mouton qui n’aurait peut-être pas dû naître. N’en déplaise à mes collègues, il faut se souvenir que l’entrée de TQS dans le paysage télévisuel a été entourée d’une grande controverse quant la capacité du marché à soutenir un quatrième réseau de télévision au Québec. Financièrement, seul le court passage de Québécor à la tête du réseau aura permis une période de profitabilité. En autre temps, jamais il n’a été démontré que le milieu avait les capacités de soutenir ces réseaux auxquels se sont ajoutés les canaux d’information continue et les spécialisés.

La radio vit le même phénomène. Le Conseil accorde des licences à tout venant pendant que l’assiette publicitaire stagne avec la résultante que pour vivre dans un univers surpeuplé, les diffuseurs s’astreignent à un régime minceur qui frappe l’information qui coûte cher et n’est pas rentable. C’est cet incroyable laxisme administratif qui est responsable au plus haut chef de cet inévitable cul-de-sac.

Poussé dans ses derniers retranchements, le petit propriétaire est confronté au cruel dilemme de faire faillite ou de vendre pour une bouchée de pain aux grands réseaux. C’est ainsi qu’au Québec ne subsistent que Corus, Astral et Cogeco et quelques privés. Et encore, ils éprouvent bien des difficultés, ce qui poussera sous peu CHRC, malgré l’arrivée de nouveaux propriétaires locaux, à fermer sa salle de nouvelles, la dernière de la radio privée à Québec. Et le mal risque de s’étendre encore.

Vous savez, messieurs Rémillard, ou vous l’apprendrez plus tard, Québec est une région fière. Une région qui a été malmenée au cours des dernières années au plan médiatique. Ce fut d’abord CKCV qui a quitté les ondes, suivi par CJRP. CHRC n’est plus l’ombre de lui-même. Depuis un an seulement, TVA a modifié sa structure, Global est presque inexistant et, comme mentionné plus tôt, les intentions des nouveaux propriétaires de CHRC sont de fermer la salle de nouvelles. C’est sans compter le Journal de Québec qui a perdu sa saveur depuis le déclenchement du lock-out le 22 avril 2007.

Heureusement, Le Soleil et de plus petits joueurs que vous continuent de porter le flambeau, tout comme Radio-Canada qui, après une période plus trouble, vient d’annoncer de bonnes nouvelles. De son côté, MédiaMatin reste le symbole de la résistance de l’information régionale. Quant à l’éditeur du journal que vous avez entre les mains, des hebdomadaires d’arrondissements de Québec et de quebechebdo.com, il continue de croire au milieu et de se développer dans la nouvelle de proximité. Incidemment, de nouvelles mesures pour accentuer la présence de nos publications à Québec seront appliquées dès le mois prochain. Un nouveau dynamisme souffle chez nos gens.

Ce dynamisme atteint maintenant la communauté d’affaires et les leaders régionaux. J’ose croire, messieurs Rémillard, que vous saisirez le message des régionaux : la vie existe en dehors de l’Île et on aime bien se la raconter entre nous. Nous sommes fiers et nous entendons être traités autrement que comme une simple benne à déchet.

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