Stanislas Déry : un grand Québécois!
J’en appelle à la Chambre de commerce de Québec. Stanislas Déry doit être intronisé à l’Académie des Grands Québécois. Depuis vingt ans, la Chambre tient un gala annuel pour souligner l’apport de personnalités locales à la communauté. Jusqu’à présent, c’est plus d’une soixantaine de femmes et d’hommes qui ont ainsi été honorés.
De mémoire, je ne crois pas que l’on ait intronisé un personnage à titre posthume. J’ignore également si un règlement empêche une telle pratique. Que ce ne soit pas une excuse pour obnubiler la mémoire de Stanislas Déry.
Celui-ci mérite amplement de figurer au sein de cette prestigieuse troupe. L’histoire que Québec Hebdo porte à votre attention cette semaine est fort éloquente quant à la grandeur du personnage. Le lieutenant-commandant Déry n’a pas hésité une seconde pour entreprendre les manœuvres qui ont permis à 54 sous-mariniers ennemis d’avoir la vie sauve, étant pleinement conscient qu’il mettait en péril sa propre carrière militaire. Au fait, monsieur Déry a bel et bien été blâmé par les autorités, mais on peut croire qu’il ne s’en est pas formalisé outre mesure et que sa loyauté aux Forces armées et au Canada est demeurée la même.
Au terme de sa carrière sous les drapeaux, il a en effet légué au Musée naval de Québec une impressionnante collection de souvenirs militaires et d’artéfacts de toute sorte qui on servi à jeter les bases du nouveau musée. Soucieux de préserver et de conserver sa propriété canadienne, il s’est porté acquéreur de l’exceptionnelle collection Lecouvi, qui porte maintenant le nom de Lecouvi-Déry, considérée comme le plus important regroupement de bateaux sculptés dans l’ivoire pur. Peu avant son décès survenu en 2001, il a cédé cette collection à son fils Gaston. Elle continue à parcourir le monde.
Au terme de sa carrière militaire, Stanislas Déry a exercé sa profession d’avocat à Saint-Jean où il a notamment créé un chapitre de l’Association des anciens de l’Université Laval. De retour à Québec il sera conseiller juridique ou chef de contentieux à divers ministères et organismes gouvernementaux puis deviendra substitut du procureur général. En 1976, il est promu coroner permanent du Québec. À ce titre, il a été le premier à pouvoir officier dans tous les districts judiciaires de la province.
Jeune journaliste à Montréal, j’ai personnellement eu l’opportunité de suivre certaines de ses enquêtes et de noter l’extraordinaire respect qu’il vouait à la vie humaine. Les plus âgés se souviendront dans doute de l’enquête qu’il présida en 1973 sur la tragédie du Mont-Wright où un accident de travail avait causé la mort de sept travailleurs. C’est aussi Stanislas Déry qui enquêta sur la mort de 11 personnes dans un accident d’autobus survenu à Sainte-Rosalie. C’est lui aussi qui fit la lumière sur la noyade de 12 personnes, dont plusieurs touristes français à Percé en 1976.
La nomenclature des enquêtes du coroner Déry pourrait être longue. Rappelons-nous simplement que Me Déry a profité de celles-ci pour émettre des dizaines de recommandations qui ont ensuite été mises en application pour mieux protéger la vie humaine. Notons la transformation de certaines traverses à niveau, des améliorations routières, des amendements au Code du travail et la surveillance accrue de l’observance des lois de l’aéronautique canadienne et de la marine marchande. C’est aussi à lui que l’Hôpital de Cartierville, aujourd’hui l’Hôpital Sacré-Cœur, doit son installation d’une chambre hyperbare ultramoderne avec personnel en devoir 24 heures par jour.
Dans sa zone d’excellence, on ne peut manquer son engagement dans la prévention des accidents de travail. Tant et si bien que le bouillant syndicaliste Michel Chartrand qui n’avait que faire des coroners et de leur institution a rendu un hommage bien senti au coroner Déry lors de son décès en disant, à quelques jurons près : «Toute une bande de pourris. Malheureusement, c’est le meilleur qui part…»
Parce qu’il a été d’une intégrité rare, d’un sens du devoir peu commun et parce que son œuvre de coroner influence encore notre style de vie, Stanislas Déry mérite amplement d’être honoré par son intronisation à l’Académie des Grands Québécois. Il le mérite davantage depuis que son acte héroïque survenu en Atlantique Nord le 27 décembre 1944 est maintenant connu du grand public.