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Aux origines de l'Université Laval

Un brin d'histoire avec la Société historique de Québec

Article mis en ligne le 20 avril 2008 à 12:10
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Aux origines de l'Université Laval
Portrait de Mgr de Laval.
Aux origines de l'Université Laval
Un brin d'histoire avec la Société historique de Québec
Il y a une certaine ressemblance entre l’Université Laval et l’Université Harvard. Les deux sont d’abord apparues sous la forme d’un collège : le collège Harvard aux colonies anglaises du Sud en 1635 et le Séminaire de Québec en Nouvelle-France en 1663. Le premier est devenu la grande université que l’on connaît alors que le second a donné naissance à l’Université Laval en 1852. C’est ainsi qu’on célèbre en 2002-2003 le 340e anniversaire du Séminaire de Québec et le 150e de l’Université Laval. Il est certes impossible de pousser plus loin l’étude parallèle de Harvard et de Laval et on ne saurait rendre davantage justice en quelques pages au Séminaire et à l’Université Laval. D’autant plus que de nombreuses études ont déjà paru et ne manqueront pas de paraître à l’occasion des événements de la commémoration. Aussi ai-je pensé que, la génération spontanée n’existant pas en histoire, il serait utile de montrer comment le Séminaire et la ville de Québec ont pu accepter de donner vie au milieu du 19e siècle à l’Université Laval.
En 1635, il y eut le Collège de Québec fondé par les Pères jésuites venus de France qui assurèrent seuls l’enseignement classique sous le régime français. Le collège donna le cours complet vers 1655. Mgr de Laval fut ainsi en mesure de créer en 1663 et en 1668 le Grand et le Petit Séminaire. Les deux envoyèrent leurs élèves suivre les cours de théologie et poursuivre leurs études classiques chez les Jésuites voisins. Une fois la colonie devenue anglaise, les Jésuites ne purent rouvrir leur collège et durent quitter le pays. Les Pères avaient compté d’excellents professeurs qui ont enseigné à environ 1000 élèves des séminaires.

La communauté du Séminaire de Québec prend la succession dès 1765. Les prêtres qui s’y trouvent alors étaient venus de France ou sont des Canadiens qui avaient fait leurs études classiques en plus grand nombre chez les Jésuites. Dès 1670, le cours d’études est complet. Ceux qui se destinent à la prêtrise entrent au Grand Séminaire après leurs années de philosophie. Tout en étudiant la théologie, ces jeunes ecclésiastiques assurent des tâches d’enseignement au Petit Séminaire et fournissent une aide indispensable au trop petit nombre de prêtres que compte la Province de Québec. Quelques-uns demeureront professeurs au Séminaire après leur ordination alors que les autres iront au ministère paroissial. De 1765 à 1800, le Séminaire de Québec a donné des professeurs de très grande qualité. Je ne nommerai que les abbés Thomas-Laurent Bédard, Urbain Boiret, Charles-François Bailly de Messein, Charles Chauveau, Bernard-Claude Panet et Edmund Burke, qui ont enseigné en Rhétorique et en Philosophie.
Nouvelle génération
Après 1800, une nouvelle génération va donner une extraordinaire poussée aux études et à la pédagogie. L’abbé Jérôme Demers est l’un des grands professeurs et un administrateur hors pair. Il développe l’enseignement des sciences et de la philosophie et exerce les fonctions de procureur et de supérieur. L’abbé Jean Holmes va l’épauler pour l’enseignement du grec, de l’histoire et de la géographie, de la musique et du théâtre. L’abbé Antoine Parant occupe quant à lui les postes de préfet des études, de supérieur, de procureur et il sera à ce titre un soutien indéfectible à ces éducateurs qui ont formé les abbés Louis Gingras, Cyprien Tanguay, Louis-Jaques Casault, Elzéar-Alexandre Taschereau, tout comme Louis-Joseph Papineau, Augustin-Norbert Morin et P.-J. Chauveau, pour ne citer que ceux-là. Puisque Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal, voulait qu’une université catholique fût fondée par le Séminaire de Québec, cette institution comptait des hommes bien préparés au double plan éducatif et administratif.

La part du Séminaire étant signalée, il faut d’autre part se demander — ce qu’on oublie souvent — comment la ville de Québec se situait sur le plan culturel et d’abord dans le domaine de l’éducation. Une ville qui ne comptait que 4000 habitants en 1755 pouvait se satisfaire de quatre écoles primaires et d’un collège. Un siècle plus tard, cette population était passée à plus de 40 000 habitants, avec des Canadiens et des Britanniques. L’institution royale et les Écoles de Fabrique n’ont apporté que bien peu de progrès. Quant à la grande loi de 1829-1832, elle a cessé d’exister lors des évènements politiques de 1837 et jusque-là ce sont des Canadiens et des Britanniques qui se sont occupés de l’instruction de leurs enfants par les » écoles de particuliers », sur le modèle de celles que l’Angleterre et la France avaient créées au 18e siècle. À Québec, le nombre de ces écoles est passé de six en 1760-1769, à 25 en 1800-1809 et à 105 en 1840-1849, fondées par des hommes et des femmes.
Quatre catégories
J’ai regroupé ces écoles en quatre catégories. Une première est composée des petites écoles montrant à lire, à écrire, à compter, avec un peu d’anglais, d’histoire, de géographie, de latin et de tenue de livres et des « règles du commerce » pour les plus avancés. La seconde comprend l’enseignement classique, qui offre les langues anciennes, soit le grec, le latin et dans un cas l’hébreu, les langues modernes comme le français, l’anglais, l’italien et l’espagnol. La troisième est consacrée aux arts d’agrément, c’est-à-dire la danse, le dessin, la peinture, la musique et le chant, la gymnastique, la broderie, la dentellerie et autres travaux à l’aiguille. La quatrième regroupe les écoles qui préparent à une activité professionnelle, à un travail dans l’administration ou les affaires. Les cours de mathématiques, d’hydrographie, d’architecture préparent par exemple des arpenteurs, des mesureurs de bois, des ingénieurs, et il y a aussi des cours d’études médicales. Il ne faut pas oublier enfin les écoles du dimanche et les écoles ouvertes par des sociétés d’éducation pour les enfants pauvres.

Les jeunes hommes qui voulaient apprendre un métier ou se destinaient aux professions libérales devaient faire leur apprentissage, ou » leur cléricature », chez un maître de métier, un médecin, un notaire, un avocat, un arpenteur ou un architecte. S’il ne paraît pas y avoir eu de cours de droit offerts pendant le siècle, des cours de médecine ont été offerts à partir de 1800 par des médecins canadiens et britanniques. J’ai pu en identifier plus d’une quinzaine avant 1848. Cette année-là, l’École de Médecine ouvre ses portes à Québec. L’Université Laval étant créée en 1852, les professeurs de l’École sont presque tous engagés par la faculté de Médecine.

Quant au monde de l’imprimerie, il était très développé. On y compte de nombreux imprimeurs, des libraires et des bibliothèques collectives. Les associations volontaires sont très actives sur le plan intellectuel, tels que la Société littéraire et historique de Québec et l’Institut canadien. La ville s’enorgueillit d’avoir un orchestre symphonique depuis 1820 avec de nombreux musiciens, des artistes européens, canadiens et américains, qui donnent des concerts, présentent du théâtre, des panoramas et autres spectacles.

En voilà assez me semble-t-il pour mieux voir comment la ville de Québec était en mesure d’être le siège de l’Université Laval, grâce au Séminaire de Québec, aux membres des professions libérales, aux marchands et hommes d’affaires. Une bonne dizaine de collèges classiques seraient dorénavant encadrés par la faculté des Arts, suivant le modèle de la France d’avant la Révolution.

L’Université commence en 1852 avec quatre facultés; Théologie, Droit, Médecine et Arts. Des écoles s’ajouteront au cours des décennies. En 1920, Montréal décide de voler de ses propres ailes. Laval se donne, grâce aux Frères des Écoles chrétiennes, une École supérieure de Commerce et ouvre une École de Chimie, une École supérieure de Lettres, qui deviendront après 1930 des facultés de Sciences et de Lettres. La Philosophie et les Sciences sociales suivront de près. Le nombre des étudiants et des professeurs augmentera lentement et de façon plus rapide après 1960. Si bien que l’Université Laval est devenue la grande institution d’enseignement et de recherche dont on peut être fier.

(Collaboration spéciale Claude Galarneau)

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