Nicola Crosta croit qu'il faut éviter les réflexes traditionnels lorsque l'on agit pour le développement des régions.
Repenser l'aide aux régions
Face aux disparités économiques entre les villes et les régions, la réponse des gouvernements s'est longtemps articulée autour de politiques sectorielles, d'investissements en infrastructures ou encore de mesures exclusivement sociales. Il faut délaisser ces approches simplistes et soutenir l'innovation locale et régionale, plus efficace, mais aussi plus compliquée, affirme Nicola Crosta, de l'OCDE.
Devant un parterre composé de représentants de ministères, de villes et d'organismes de développement économique, Nicola Crosta, directeur du programme de développement régional à l'OCDE, a enjoint les gouvernements à reléguer aux oubliettes leurs politiques traditionnelles d'aide aux villes et régions.
Invité par le CEFRIO au colloque Villes, régions et territoires innovants, le spécialiste soutient que de nouveaux problèmes demandent de nouvelles solutions pour amoindrir les disparités entre les villes et les régions. La nouvelle économie mondialisée, où la main-d'oeuvre et le travail sont extrêmement mobiles, où des tendances migratoires sont renversées et, surtout, où le profil économique traditionnel des régions se transforme, plaide en faveur de réponses innovatrices.
«Devant ces grandes tendances, explique M. Crosta, les gouvernements font souvent les mêmes erreurs en comptant sur des mesures qui ont déjà pu être efficaces, mais qui ne répondent plus à la réalité d'aujourd'hui. D'abord, les politiques sectorielles sont devenues inefficientes et inefficaces. Par exemple, on a trop longtemps associé rural à agricole et agi en ce sens. Une action qui favorise le secteur agricole ne résoudra pas les problèmes du secteur rural.»
M. Crosta soutient que la réduction des disparités régionales n'est pas non plus qu'une question d'infrastructures. «Une erreur classique des gouvernements est de croire que la solution est la mise en place d'infrastructures, que le développement suivra.»
L'autre grande erreur identifiée par le spécialiste est celle de traiter les disparités comme de simples problèmes sociaux. Hausser le niveau d'éducation d'une population peut aider, mais ne résout pas tout s'il n'y a pas davantage d'emplois disponibles.
«Quoi faire alors? Il faut d'abord prendre conscience des nombreux facteurs qui entrent en ligne de compte et s'orienter vers des solutions innovantes. Elles demandent une meilleure connaissance du problème, coûte plus cher et les résultats sont plus difficilement quantifiables, mais elles sont plus efficaces.»
Miser sur l'innovation
Nicola Crosta suggère de délaisser les approches sectorielles en faveur des approches intégrées. «De la même façon, les objectifs doivent changer et passer de la compensation au rehaussement de la compétitivité des régions. Évidemment, on ne parlera plus de subventions, mais bien d'investissements et les gouvernements centraux devront compter sur la participation des autres niveaux de gouvernance, ainsi que du secteur privé.»
Une recette difficile, mais qui semble être le meilleur moyen pour une région de tirer son épingle du jeu. «Les tendances actuelles et les erreurs du passé suggèrent que l'on délaisse les politiques et attitudes défensives et que l'on mise massivement sur l'innovation locale et régionale», conclut le directeur du programme de développement régional à l'OCDE.
«Les villes ne sont pas toujours le moteur du développement, non plus que l'innovation n'est un phénomène exclusivement urbain.»
Nicola Crosta, directeur du programme de développement régional à l'OCDE.