Générant des retombées économiques importantes en Europe les émissions des industries canadiennes devraient faire leur entrée en bourse au Canada cet été.(Photo Eric Boucher)
La bourse du carbone au Québec, c’est pour bientôt
La bourse du carbone déjà bien rodée en Europe pourrait être effective aussitôt qu’en juin au Canada. Attendu depuis longtemps par l’industrie, le cadre réglementaire annoncé par le gouvernement fédéral ce printemps pourrait bien en être la bougie d’allumage.
Le Protocole de Kyoto prévoit utiliser la force des règles du marché afin de faciliter la réduction des émissions des gaz à effet de serre dans le monde. À titre d’exemple, l’industrie A, grande émettrice de gaz à effet de serre(GES), ne souhaitant pas engager des sommes dans des projets de modernisation afin d’atteindre les cibles maximales obligatoires fixées par le gouvernement pourra très bientôt acheter des droits d’émissions supplémentaires de l’industrie B qui elle a investi dans des technologies plus vertes réduisant ainsi ses émissions sous les normes gouvernementales.
Cet «écart» positif sera bientôt disponible sur le marché pour les industries ou pour d’autres investisseurs – des institutions financières souhaitant spéculer – sous forme de crédit d’émissions qui se transigeront sur la bourse du carbone. L’entreprise A y gagne parce qu’elle respecte la loi à moindre coût que par une modernisation majeure. L’entreprise B finance ainsi ses investissements afin de se rendre plus verte.
Selon Louise Métivier, d’Environnement Canada, spécialiste des changements climatiques, la bourse du carbone pourrait être effective aussitôt que cet été au Canada. Ce genre d’échange pourrait très bientôt se faire à la grandeur du globe. Le marché du carbone s’est multiplié par six sur la planète en deux ans. Le Canada, Québec en tête ne veut pas manquer le bateau. Le gouvernement Charest aimerait bien voir cette bourse s’installer à Montréal.
Son ministre du Développement économique, Raymond Bachand, invité à s’adresser aux congressistes lors du Salon des technologies environnementales, tenu au Centre des congrès de Québec cette semaine, y affirmait que le secteur des technologies vertes, qui sera certainement stimulé par l’avènement de la bourse du carbone, pourrait rattraper l’industrie aéronautique ou pharmaceutique en termes de retombées économiques pour le Québec.
Le marché du carbone est très lucratif en Europe. Jean Nolet, président d’ÉcoRessources consultants, expert dans le domaine, croit qu’il serait surprenant de voir le carbone atteindre à court terme les sommets européens de près de 40$ la tonne.» Elle tournera plus autour de 6$ au début. «Le contexte européen est beaucoup plus complexe, réglementé. Les échanges au-delà des océans seront limités au départ», explique-t-il.
Initiative volontaire
Il existe déjà un marché du carbone «volontaire» en Amérique du Nord. Afin de se donner une bonne image corporative, certaines entreprises offrent depuis quelques mois de compenser l’empreinte écologique d’un évènement en versant un certain montant à des organismes environnementaux qui pourraient à titre d’exemple planter des arbres pour chaque tonne de carbone émise lors de l’événement. Ce marché « volontaire »coté sur le Chicago Climate Exchange a cru de 80 % en 2007 seulement. En ce moment la tonne de carbone s’y transige 4$ la tonne.