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La belle et la bête

Article mis en ligne le 8 avril 2008 à 5:20
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La belle et la bête
Josée Verner n’a qu’à bien se tenir, elle fera dorénavant face à un adversaire redoutable comme critique de l’opposition en la personne de Denis Coderre.

En effet, lundi dernier, le chef du Parti libéral du Canada a remanié son cabinet fantôme. À cette occasion, Denis Coderre, député de Bourassa, a perdu son poste de critique à la Défense. Il sera désormais critique de l’opposition officielle à Ottawa chargé du Patrimoine canadien et des Langues officielles. M. Coderre, probablement le plus connu des députés du Québec au sein du PLC, était l’un des lieutenants de Michael Ignatieff au Québec dans la course à la direction. Il a d’ailleurs participé, il y a deux semaines à une activité de financement pour M. Ignatieff avec d’autres députés libéraux fédéraux. Certains ont donc vu dans cette décision du chef une mesure de représailles à l’endroit de M.Coderre.

M. Dion a nié cette accusation d’avoir donné un rôle moins important à M. Coderre. Il considère au contraire que ce dernier détient «un poste clé» dans son cabinet remanié. Surtout, au moment où le gouvernement Harper ouvre la porte à la censure cinématographique et où il se prépare à dévoiler son plan sur les langues officielles, sans oublier le dossier des célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec. Il avait donc besoin a-t-il dit «d’un de ses meilleurs et plus expérimentés combattants» pour prendre charge de ces dossiers.

En entrevue avec Martin Pouliot du 93,3 en début de semaine, M. Coderre a fait acte de loyauté à M. Dion, rappelant qu’il avait récemment invité publiquement les militants libéraux à se rallier au chef. Pour lui, cette nouvelle affectation va lui permettre de jouer un rôle de premier plan dans des domaines d’intérêt majeur pour les Québécois. À la Presse Canadienne, il dira même que «Stéphane Dion avait besoin d’un bagarreur qui a de l’expérience gouvernementale pour défendre l’industrie culturelle et je vais y aller à fond de train.»(…) «Moi, je ne veux pas d’un pays qui censure la création artistique», faisant référence au projet de loi C-10 en vertu duquel la ministre du Patrimoine aurait l’autorité d’annuler le financement public de films et d’émissions de télévision jugés contraires à l’ordre public et ce, même si d’autres agences gouvernementales avaient investi dans la production.

Dès sa nomination, on se rend donc compte qu’il est d’attaque et qu’il a l’intention de frapper fort. Il sera beaucoup plus en évidence au Québec comme critique de la ministre Verner, que comme critique du ministre de la Défense. Plus expérimenté que la députée de Louis-St-Laurent (il a été élu pour la première fois en 1997 alors qu’elle l’a été en 2006), sa critique risque d’être d'autant plus vive qu’il connaît les méandres d’Ottawa comme le fond de sa poche et qu’il y a de très nombreux informateurs qui se feront un plaisir de le renseigner sur les avatars du ministère de Mme Verner.

Par ailleurs, si cette nouvelle affectation est une rétrogradation, Stéphane Dion pourrait le regretter amèrement. Denis Coderre est un populiste qui saura profiter de cette nouvelle visibilité pour prendre sa revanche. Reconnu comme un organisateur et un batailleur hors pair, il a ses entrées dans de très nombreux milieux et il sait jouer des médias pour séduire la population, comme on a pu le constater encore une fois il y a quelques semaines à l’émission Tout le monde en parle.

* (Collaboration spéciale Jean-Claude L'Abbée)

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