Voir grand et foncer droit devant
Québec ne doit plus se satisfaire de petites pointures. Québec doit voir grand et se foutre comme de sa première chemise des élans de convoitise ou de mesquinerie de ses voisines qui s’estiment menacées par l’exceptionnel développement de la Capitale.
La Chambre de commerce vient de lancer une campagne pour doter la région d’un véritable casino. Pour la première fois, un ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, profite de l’annonce d’un tel équipement accordé à Mont-Tremblant, pour entrouvrir la porte à Québec. Assez en tout cas pour provoquer l’enthousiasme de la Chambre. À la bonne heure!
Pour le moment, nous disposons d’un «superbe» Ludoplex. Ludo quoi? dites-vous. En effet, après plus de trois mois d’activités quotidiennes, le salon de jeu d’ExpoCité reste inconnu et ne parvient pas à lever. On atteint à peine 50 % des prévisions de fréquentation. Tant et si bien que Loto-Québec, qui ne flirte habituellement pas avec l’échec, est confrontée à un bilan anémique autant dans son taux de fréquentation que par rapport à la double mission du Ludoplex, c'est-à-dire abaisser la fréquentation des sombres réduits au fond des bars de quartiers où s’entassaient les joueurs compulsifs et, d’autre part, contribuer au maintien et au développement de l’industrie du cheval de course au Québec.
À jouer les grandes dames prudes, Loto-Québec a tellement aseptisé l’exercice du jeu qu’elle en a tué l’intérêt. L’obligation de s’identifier et de manipuler une carte magnétique au lieu de véritables pièces d’argent, l’imposition d’une limite monétaire pour ses paris, l’interdiction de consommer des alcools sauf dans les zones prévues à cet effet, loin des appareils de jeu, et l’imposition d’un code vestimentaire sont autant de mesures qui viennent à contre-courant avec le glamour et l’ambiance ludique qui doit régner dans un salon de jeu.
Résultat de l’opération: les parieurs et particulièrement les joueurs compulsifs ont vite trouvé refuge dans d’autres bars ou restaurants encore équipés d’appareils de loterie vidéo (ALV) laissant le Ludoplex à moitié vide. Conséquence directe de ce faux départ, le nombre de programmes de courses à la piste de Québec a dû être amputé de 40 % et les bourses réduites de 15 %. Et l’industrie des courses tire encore le diable par la queue, menaçant les 3 000 emplois qui y sont reliés.
À n’en pas douter, seul un véritable casino pourrait corriger les erreurs de mise en place du Ludoplex et permettre l’atteinte des objectifs du départ. Le mouvement pour l’octroi d’un casino enclenché par Daniel A. Denis de la Chambre de commerce de Québec doit recevoir l’appui populaire. Il permettra à Québec de monter d’un cran son industrie du tourisme et du divertissement à Québec, sans porter de véritables préjudices à nos voisins de Charlevoix qui sont tout de suite montés aux barricades, craignant une concurrence déloyale.
Il est reconnu que Charlevoix figure au palmarès des régions touristiques dominantes en raison de ses paysages bucoliques, sa table extraordinairement garnie de produits du terroir et ses nombreuses galeries qui mettent en vedette les grands noms de l’art ou de l’artisanat québécois. Hormis les groupes d’âge d’or qui profitent d’excursions par autobus largement subventionnées, peu de touristes visitent Charlevoix en raison de son casino. Ils y vont pour les attraits mentionnés plus tôt et, au passage, profitent de leur séjour pour risquer quelques dollars au jeu et ajouter une nuitée à leur séjour dans la région.
Un casino à Québec fera son pain et son beurre de touristes qui viennent à Québec pour sa personnalité. Non pas uniquement ou principalement pour le casino, tout comme c’est le cas actuellement dans Charlevoix. Ces équipements viennent compléter l’offre à la clientèle. Très honnêtement, je ne connais personne, vraiment personne, qui voyage à Montréal, à Gatineau ou à La Malbaie uniquement pour aller jouer. Par contre, j’ai rencontré bien des touristes dont la destination principale est Québec, qui ne dédaignent pas, loin de là, une excursion de quelques jours au pays de Rosanna.
La région a été victime d’un coup semblable par l’intelligentsia péquiste du Lac-Saint-Jean qui s’opposait au projet de relance du Jardin zoologique de Charlesbourg. Pour protéger l’achalandage du Zoo de Saint-Félicien, celui de Québec s’est vu imposer une vocation axée sur les «oisi-oiseau», avec le résultat que l’on connaît. Un véritable casino à Québec aurait le mérite de contribuer à l’atteinte des objectifs de Loto-Québec en rassemblant l’offre de jeu en un endroit principal, contrer le jeu compulsif et, du même coup, soutenir l’industrie des courses. Il viendrait consolider notre offre touristique en complément avec celle de Charlevoix et qui sait, il pourrait peut-être avoir un effet générateur sur la construction d’un centre multifonctionnel destiné à recevoir une future équipe de la Ligue nationale de hockey. J’ai bien dit: voir grand!