Une esquisse du Palais de l'Indendant.
Palais de l’Intendant reconstruit tel qu’à l’identique de 1726
Un brin d'histoire avec la Société historique de Québec)
Le Palais de l’Intendant illustré par Richard Short en 1759 était localisé, le long de la Saint-Charles, à une cinquantaine de mètres au nord du premier Palais antérieurement aménagé dans l’ancienne brasserie de Jean Talon, sous la côte du Palais. Le deuxième palais construit en 1713 par Le Guer Morville est reconstruit immédiatement après l’incendie de 1726 par Chaussegros de Léry. Les contemporains sont élogieux : le baron La Hontan décrit le palais comme l’ensemble le plus élégant de la colonie et selon le naturaliste Pehr Kalm, on pourrait le prendre pour un château…
Cette magnificence tient au fait que ce Palais de l’Intendant est le lieu de pouvoir de l’Amérique française, un territoire de 20 millions de km2 s’étendant sur l’essentiel du Canada actuel et sur celui de 31 des 50 États américains d’aujourd’hui. Et l’intendant en est le principal administrateur. Il est en effet responsable des finances de cet empire colonial. Il en commande le développement de l’industrie et du commerce; il a la direction de la justice et de la police. Plus encore, c’est lui qui préside les réunions du Conseil Souverain qui se tiennent dans ses salles et dont il signe les décisions conjointement avec le Gouverneur.
Il n’est pas étonnant que l’archéologue Marcel Moussette, suite aux 10 années de fouilles qu’il a dirigées sur le site, puisse écrire qu’il s’agit «d’un lieu où s’exprime la puissance coloniale française en Amérique… (et qui)… reproduit un modèle métropolitain d’expression du pouvoir qui avait été instauré par Louis XIV à Versailles avec son faste architectural et ses fameux jardins». L’architecte Pierre Larochelle, pour sa part, signale que le deuxième Palais est construit sur une parcelle spécifique du tissu urbain et que son aménagement reprend les règles d’organisation des hôtels particuliers dont on peut voir de nombreux exemples à Paris ou dans les colonies françaises.
L’édifice est d’une architecture classique avec une façade de caractère monumental et un imposant escalier à double volée. Il est accessible à travers une spectaculaire cour d’honneur, fermée latéralement par des bâtiments secondaires, qui fait ressortir la majesté du palais. Celle-ci est flanquée d’un grand jardin privé (45m X 45m), aménagé symétriquement, à la française, avec fontaine et mur de pierres. «Potager et verger, il est tout à la fois jardin d’agrément et conservatoire pour les plantes qui sont acheminées au Jardin royal de Paris via Nantes» selon Paul-Louis Martin et Pierre Morisset dans leur Promenade des jardins anciens du Québec.
L’historien américain Francis Parkman disait de l’Amérique française qu’elle était «un chapitre mémorable, à moitié oublié, de l’histoire de l’humanité». Parce qu’il incarnerait de manière prestigieuse cet extraordinaire passé, ce deuxième Palais de l’Intendant de Nouvelle-France reconstruit à l’identique – tel qu’il se présentait en 1726 – serait le lieu incontournable pour l’implantation d’un Mémorial illustrant cette grande aventure vécue par nos ancêtres pendant un siècle et demi.(…)
Bien peu de Québécois sont aujourd’hui conscients que leurs ancêtres ont jadis été au cœur de cette extraordinaire épopée, de «ce chapitre mémorable, à moitié oublié, de l’histoire de l’humanité». C’est pourquoi, l’aménagement de ce Mémorial dans ce Palais reconstruit selon les plans d’origine, sur ses voûtes d’époque (1713) serait indubitablement pour les Québécois source de fierté et de force dans le combat incessant qu’ils doivent s’imposer, depuis 200 ans, pour la vitalité de leur langue et de leur culture.(…)
Pour la Ville de Québec, cette reconstruction à l’identique de ce prestigieux Palais de l’Intendant de Nouvelle-France serait aussi l’amorce de la réhabilitation d’un secteur urbain hautement historique, mais présentement dévalorisé, tout comme l’aménagement par la Ville du Jardin Saint-Roch a marqué le signal de la réhabilitation de ce quartier à l’abandon redevenu de ce fait le centre-ville de Québec bouillonnant d’activités.
Enfin, la reconstruction à l’identique du 2e Palais de l’Intendant, par la magnificence des lieux et le contenu exceptionnel du Mémorial, entraînerait pour la Ville un redéploiement de son domaine touristique – un de ses plus importants secteurs d’activités économiques – par son intérêt pour les visiteurs touristes autant américains que français.
* (Collaboration spéciale André Marier)