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Vie des Canadiens et Irlandais de l’époque dans le Vieux-Québec

Un brin d'histoire avec… la Société historique de Québec

Article mis en ligne le 30 mars 2008 à 13:30
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Vie des Canadiens et Irlandais de l’époque dans le Vieux-Québec
Un brin d'histoire avec… la Société historique de Québec
À quoi ressemblait le visage du Vieux-Québec vers 1830? De moeurs paisibles et casanières, les « Canadiens » et les Irlandais – sauf en période électorale – menaient une vie simple et paisible presque similaire.
Loin des innovations parisiennes ou du luxe londonien, tous étaient six mois ou un an en retard sur la mode. Les extravagances vestimentaires du « Beau Brummell », célèbre dandy anglais qui vécut à la même époque, ou des romantiques français, ne leur disaient rien qui vaille…Les étoffes du pays, la tuque de laine et les bottes malouines faisaient leur bonheur. Les cachemires de l’Inde drapaient harmonieusement les jolies femmes canadiennes ou irlandaises. Peu de gens savaient lire à l’époque. Mal vu du clergé, le théâtre n’attirait guère que les riches Anglais accourant pour applaudir les acteurs de Londres, comme Edmund Kean, qui vint jouer, en septembre 1826, le personnage de Richard III de Shakespeare au « Royal Circus », sur la rue Saint-Stanislas, à Québec.

Peut-être pourrions-nous noter ici que cet édifice du « Royal Circus » - en fait l’ancienne chapelle de la Sainte-Trinité, sur la rue Saint-Stanislas à Québec -, avait été bâti en 1824 sur un lot vacant situé à l’arrière de l’ancien hôtel Malhiot, du 40 de la rue Saint-Jean. Elle était une chapelle particulière que le juge Jonathan Sewell s’était fait construire à la demande de l’évêque de Québec, en raison de l’accroissement du nombre de fidèles à la cathédrale anglicane de la rue des Jardins. Édifice élégant à façade en pierre de taille, long de 74 pieds et large de 48, la chapelle, devenue peu de temps après théâtre, pouvait accueillir 700 personnes. À la mort du juge Sewell en 1839, ses héritiers continuèrent d’exploiter les lieux jusqu’en 1846, alors que la bâtisse fut vendue à la nouvelle fabrique irlandaise de la paroisse. Le théâtre fut aussitôt démoli pour faire place à une sacristie et à une salle paroissiale.

En ces années-là, les tavernes autour du port de Québec, à la basse-ville, étaient fort achalandées, tard le soir, par les oiseaux de nuit et les matelots, surtout irlandais, fraîchement débarqués d’un navire au long cours, et étaient souvent le lieu de rixes et de désordres…La police militaire, armée de gourdins, avait alors fort à faire pour ramener la paix dans la ville. La prison commune – l’actuel « Morrin College », sur la rue Saint-Stanislas – débordait de clients…

Quand, à l’époque, sonnait le funèbre tocsin d’alarme contre l’incendie, les flâneurs s’élançaient vers le lieu du sinistre. Les brigades de pompiers volontaires, réunies avec peine et misère par le chef de section, arrivaient tout essoufflées sur les lieux de l’incendie, traînant à la remorque la petite pompe à bras. Une longue chaîne humaine s’organisait alors pour passer de main à main les seaux remplis aux premiers puits voisins – il n’y avait pas encore d’aqueduc, à l’époque, à Québec. Au milieu des flammes et de la fumée, la foule des badauds, venus en curieux pour voir le feu d’artifice, obstruait la chaussée étroite de la haute-ville de Québec où avait pris le feu et paralysait le travail des pompiers. Des prix de présence attendaient l’équipe de pompiers arrivée sur les lieux la première…Pour avoir plus souvent qu’à leur tour remporté ce championnat, les élèves du Petit Séminaire de Québec, tout près, étaient en butte à la jalousie de leurs rivaux…Au lieu d’éteindre le feu, ces derniers, en fureur, tournaient leurs boyaux d’arrosage contre les jeunes élèves. Tant pis pour la masure si elle brûlait jusqu’au sol…
Problèmes avec la neige
Les lendemains de tempête, Irlandais et Canadiens de la haute-ville comme de la basse-ville de Québec se creusaient dans la neige un tunnel pour sortir sur la rue. Il faut dire, ici, que la rue Sainte-Hélène, avait ceci de particulier qu’un petit marché s’y déroulait, au coin de la rue Saint-Stanislas. Sur cette place de marché, à travers les filées de voitures ou carrioles conduites par les « habitants » de la campagne, chaque dimanche, après la grand-messe, les charlatans de tout poil, les acrobates, les prestidigitateurs, et jusqu’à l’arracheur de dents (sans douleur… pour lui seul) exhibaient leurs talents variés. Le crieur public, sur le perron de l’église, mettait aux enchères, au profit des âmes du purgatoire, mille produits disparates, et même des petits cochons vivants. Le froid piquant de l’hiver, à Québec, mettait du rose aux joues des jolies filles enfouies sous une peau de carriole, avec leur toque de fourrure de travers sur un œil et le manchon aux doigts. Les riches équipages à deux chevaux, avec cocher en livrée, éclaboussaient de boue les badauds…
Les autorités civiles de Québec, tout occupées, à l’époque, de pourvoir la population des services essentiels d’aqueduc, d’hygiène publique, de police et de protection contre les incendies, négligeaient l’entretien des rues de la ville : celles-ci, pavées de gros blocs de pierre ou de bois, étaient boueuses, l’été, et encombrées de neiges, l’hiver, et, de plus, fort mal éclairées…

* (Collaboration spéciale Raymond Laberge, historien)

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