Une éventuelle guerre des prix de l'essence ne déplairait certes pas aux automobilistes de la région. On ne peut toutefois envisager des chutes de prix trop drastiques puisque la guerre déclenchée par Ultramar à l'été 1996 avait à terme coûté très cher aux indépendants et forcé le gouvernement du Québec à fixer un prix plancher.
Chute des prix de l'essence en vue
Le Costco de la rue Bouvier serait sur le point de se doter d'une station d'essence
Selon ce qu'a pu apprendre Québec Hebdo, Costco s'apprêterait à ouvrir une troisième station d'essence au Québec, cette fois à son magasin-entrepôt de la rue Bouvier. L'arrivée de ce nouveau joueur dans la région pourrait provoquer une chute du prix à la pompe.
Il s'agirait de la troisième station du genre au Québec, après celles des Costco de Saint-Jérôme et de Brossard. L'arrivée de ce nouveau concurrent à Saint-Jérôme en 2002 a contribué à maintenir le prix du litre d'essence parmi les plus bas de la province ce qui a provoqué de nombreux affrontements entre le magasin-entrepôt et les stations indépendantes devant la Régie de l'énergie.
Chez Costco, on ne confirme ni n'infirme l'information. En entrevue, le porte-parole, Ron Damiani, a refusé d'élaborer sur les projets de l'entreprise. «Nous ne ferons pas de commentaires sur notre plan de développement. Si nous officialisons ce projet, nous commenterons à ce moment-là seulement.»
Un nouveau joueur dans le marché pourrait toutefois contribuer à secouer un marché très stable, croit le CAA Québec. «Si on compare les régions, on observe que le marché est très stable ici, alors qu'à Montréal la fluctuation des prix reflète beaucoup plus le marché, explique Philippe St-Pierre du CAA. L'arrivée d'un nouveau joueur, peu importe la bannière, si elle favorise une saine concurrence, ne peut que favoriser les automobilistes. Ce que nous désirons pour nos membres, c'est qu'à Québec, les prix soient davantage collés à la réalité du marché.»
Le litre d'essence se vendait 1,175 $ jeudi dernier à Québec, soit le prix réaliste estimé par le CAA Québec, avec un coût d'acquisition de 1,095 $ et une marge au détail de 8 cents le litre en moyenne au cours des 52 dernières semaines. Le prix du litre d'essence à Saint-Jérôme se vendait quant à lui près de 6 cents de moins à 1,118 $ en début de semaine, avec un coût d'acquisition de 1,101 $ et une marge au détail moyenne des 52 dernières semaines estimée par le CAA à 2,7 cents le litre.
Un marché qui étrangle les indépendants
C'est précisément cette faible marge bénéficiaire qui pousse les indépendants à demander à la Régie de l'énergie d'ajouter 3 cents le litre au calcul du prix minimum estimé (PME) afin de couvrir les coûts d'exploitation.
«L’intervention de la Régie de l’énergie s’impose pour aviser le marché pétrolier qu’il doit éviter les situations excessives qui mettent en péril la survie d’entreprises rentables dans des conditions de concurrence normale, ce qui est nuisible tant sur le plan social qu’économique», soutient Sonia Marcotte, économiste et présidente-directrice générale de l’Association Québécoise des Indépendants du Pétrole (AQUIP) sur le site Internet de l'organisme.
L'AQUIP soutient que la situation qui prévaut à Saint-Jérôme, si elle bénéficie aux consommateurs à court terme, entraînera ne baisse de la concurrence à plus long terme et une hausse générale des prix. Sonia Marcotte rappelle qu'il est facile pour les multinationales «d'effondrer les marges des détaillants pendant un temps et d'ensuite fixer des prix plus élevés, quand la concentration du marché s'est opérée à l'avantage d'une poignée d'entreprises colossales.» Cette mesure a déjà été adoptée par la Régie de l'énergie dans la région de Saint-Jérôme en 2002 et 2003. L'audience de cette requête est présentement en cours devant la Régie.