Et si Québec relevait la tête
Pour paraphraser l’ex-premier ministre René Lévesque, se pourrait-il que Québec soit autre chose qu’une petite ville??? Après une trop longue période de profonde morosité les fêtes du 400e anniversaire de Québec sont-elles en train d’exorciser nos vieux démons qui nous laissaient croire qu’effectivement nous étions nés pour un petit pain? Après les quelques dérapages du début des festivités, voilà qu’un sentiment de fierté envahit la population depuis que le maire Régis Labeaume, ses partenaires gouvernementaux et le conseil d’administration de la Société du 400e présidé par Jean Leclerc ont pris les choses en main.
Notons d’abord le Parcours du 400e en début d’année qui a fait la preuve hors de tout doute du désir de la population de s’approprier l’événement. Le point d’orgue de cette reprise a nul doute été le concert exceptionnel de l’Orchestre symphonique de Québec présenté en fin de semaine dernière. S’il existait encore une marche à grimper pour hisser l’OSQ et son maestro Yoav Talmi parmi les meilleurs de leur art, elle a été franchie samedi dernier lors de la troisième interprétation de tous les temps, avec une formation complète, de l’imposante Symphonie numéro 8 de Gustav Malher ou si vous préférez, la Symphonie des mille.
Ceux qui entretenaient un complexe d’infériorité par rapport à l’Orchestre symphonique de Montréal, ses Dutoît ou Nagano, peuvent aujourd’hui bomber le torse d’orgueil devant l’éclatante démonstration artistique et logistique offerte dans un Colisée transformé en une étonnante salle de concert. Si Malher a créé une symphonie destinée à semer la joie, l’aventure de l’OSQ et de son chef redonne à la région une notoriété renouvelée quant à sa capacité à relever de grands défis.
Seule ombre au tableau, l’absence de diffusion du diffuseur officiel du 400e, la Société Radio-Canada. Pour d’obscures raisons qui tenaient à la piètre sonorité de l’amphithéâtre ou au manque de temps pour enclencher tout le processus de diffusion, la SRC a préféré passer outre. Quel manque de flair et d’opportunisme! L’absence de la société d’État pour laquelle les Canadiennes et les Canadiens versent de généreuses contributions financières chaque année est non seulement désolante, mais scandaleuse. Si à l’automne nous étions ravis de saluer le partenariat entre la SRC et le 400e, nous sommes aujourd’hui choqués de constater que Radio-Canada ait échappé un tel morceau, elle dont la mission est de promouvoir la culture canadienne. Mais on s’en remettra…
De nombreuses autres activités ont retenu l’attention autant par la qualité de leur organisation que par leur succès de participation et de foule. Ce fut le cas du Penthalon des neiges, des Jeux nationaux destinés aux athlètes atteints de déficience intellectuelle ou de cette exposition exceptionnelle «Québec, une ville et ses artistes» actuellement à l’affiche au Musée national des Beaux Arts (MNBAQ).
Par ailleurs, l’image de Québec a été sauvée in extremis par le groupe Tanguay et Claude Rousseau, qui sont intervenus pour reprendre à leur compte le Championnat mondial de hockey de mai prochain. Encore une fois, Tanguay et son clan réalisent des prouesses à même de transformer le climat de la Capitale. On raconte en coulisse que la vente des billets va bon train et qu’on devrait présenter au monde entier un Colisée des plus animés, même lors des matches préliminaires. Une autre raison de relever la tête.
D’autres grands événements se dessinent. Notons l’exposition des œuvres du Louvre au Musée des Plaines d’Abraham, Futurallia Québec 2008 à l’intention des gens d’affaires, le spectacle de Céline Dion et ses invités, le Moulin à images de Robert Lepage ou les activités de l’Espace 400e sans oublier la programmation relevée que nous présentait cette semaine le Festival international d’été de Québec. Incidemment, ce festival est le doyen de ce type de fêtes populaires au Québec et il constitue toujours une référence dans le monde entier.
Il est de plus en plus évident que l’organisation du 400e anniversaire de Québec est à s’imposer comme l’élément rassembleur dont la région avait besoin pour chasser ses vieux démons qui s’incarnaient dans Québec 84 ou le départ des Nordiques. Évidemment, tout n’est pas parfait. Néanmoins, l’histoire de la Capitale est marquée de grandes réalisations qui ont été reproduites ailleurs. Nous citions plus tôt le Festival d’été. On pourrait ajouter à la liste le Carnaval d’hiver ou la Francofête. Récemment l’Université Laval décernait un doctorat honoris causa au grand Jean Béliveau qui a choisi Québec pour asseoir les bases de sa prestigieuse carrière. Songeons aussi à nos 6 000 chercheurs qui, comme le citait avec beaucoup d’à propos mon collègue François Bourque, du Soleil, font l’admiration de leurs confrères d’Harvard ou du MIT et constituent à leurs yeux le secret le mieux gardé de Québec.
Il manque véritablement peu de choses pour propulser Québec au rang des meilleurs. Un peu de fierté, d’audace, d’innovation et d’entrepreneuriat. Mais si surtout le 400e parvient à secouer notre tendance à voir petit, il aura réalisé une grande chose.