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Résistance à la guerre, d’hier à aujourd’hui

Article mis en ligne le 17 mars 2008 à 9:30
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Résistance à la guerre, d’hier à aujourd’hui
«La guerre, c'est la paix. La liberté, c'est l'esclavage. L'ignorance, c'est la force» - George Orwell, 1984

Printemps 1918. Le Canada, en tant que Dominion de l’empire britannique, est en guerre outre-mer. Depuis trois mois, la conscription est en vigueur. L’enrôlement, qui était jusque-là volontaire, devient obligatoire. La situation est explosive aux quatre coins du pays. Le 28 mars, l'arrestation à Québec de Joseph Mercier, un jeune homme exempté du service militaire, met le feu aux poudres. Les habitants de la capitale, hommes, femmes et enfants, s'attaquent aux symboles militaristes, malgré la désapprobation des autorités civiles et religieuses. L'insurrection prend de l'ampleur, des milliers de personnes prennent la rue. Cinq jours qui se sont terminés par un bain de sang dans le quartier Saint-Sauveur quand l’armée charge la foule, faisant 35 blessés et quatre morts. Début avril, 2000 soldats occupent la ville.

Pour les nationalistes, les émeutes de la conscription symbolisent bien sûr le clivage politique de l’époque entre «Anglais» et «Canadiens français». Mais les manifestations du printemps 1918, en pleine semaine sainte, furent aussi une révolte de la population ouvrière de la basse-ville contre une oppression brutale: les forcer à se battre dans une guerre outre-mer, sous le drapeau d’une puissance coloniale. Alors que Québec fête ses quatre cents ans d’histoire, va-t-on se remémorer les événements du printemps 1918?

Printemps 2008. Le Canada, en tant que membre de l'OTAN, est à nouveau en guerre outre-mer. Depuis neuf mois, des soldates et des soldats québécois occupent le sud de l'Afghanistan. Malgré une opposition populaire soutenue, la fin de la mission est repoussée de terme en terme. La conscription de la chair à canon ne se fait plus, mais l’armée sollicite tout de même la conscription de l’opinion publique et celle du budget de l’État.

Depuis un an, les forces armées multiplient les opérations de charme pour nous vendre la guerre. Les militaires s’invitent dans les écoles et sont aux premières loges des parades, des fêtes populaires et des compétitions sportives. Les médias participent à leur manière en nous faisant sentir les soldats et soldates comme membres de la famille, un peu comme «nos» vedettes. Comment ne pas les soutenir?

Le débat sur le bien fondé de l'occupation de l'Afghanistan, et plus globalement sur la soi-disant guerre au terrorisme, est difficile, voire impossible. On peut discuter du nombre de soldats, de la région du déploiement, à la limite de la date de péremption. Aucun débat sur le fond. S’opposer à la guerre, ce serait irresponsable. Le terrorisme intellectuel est omniprésent.

Le vendredi 28 mars prochain, 90 ans auront passé depuis les émeutes de la conscription. Dans les rues de la basse-ville, en l'honneur des insoumis de 1918, des opposants et opposantes à la guerre d’aujourd’hui souligneront leur insoumission à la conscription de nos impôts et de nos esprits. La population pourra les joindre à 17 h à la Place Jacques-Cartier [face à la Bibliothèque Gabrielle-Roy]. Serez-vous de la partie?

Information: www.nefac.net.
Nicolas Lefebvre Legault et Antoine Casgrain, Québec

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